Lire pour comprendre : L’utopie, de Thomas More ( 1516 )

le contexte historique :

1492, Christophe – statues déboulonnées – Colomb, découvre le continent américain. Révolte des Cornouailles en 1497. En 1503 Amerigo Vespucci annonce que Colomb n’est pas allé aux Indes mais a découvert un autre continent, suite à ses observations de son deuxième voyage en 1499. Mort d’Henri VII en 1509. C’est le début de la fin de la suprématie judéo-chrétienne unifiée, les derniers ajustements profonds de la renaissance en rupture avec le Moyen Âge, de l’Église anglicane en 1534 face au pape Clément VII ou le coup de pute du pape Jules II, détesté des Français sous Louis XII, car il s’est servi de la France, de l’Espagne et du Saint empire pour déloger via la ligue de Cambrai les vénitiens du nord de l’Italie. Cela fait, c’est la France qui était en poste et faisait de l’ombre, le pape jules II décide alors de virer les Français d’Italie.  Du coup Louis XII demande au conseil schismatique de Pise en 1511 de faire sauter Jules II de ses fonctions et le pape ordonne en contre-mesure la soumission des livres imprimés à validation sous l’autorité de l’église via le 5ᵉ concile de Latran de 1512 à 1517…

Pour le bonhomme :

Thomas More est né en 1478 à Londres, il est pendant son adolescence, page, un serviteur, noble, attaché à un noble encore grand, en l’occurrence, John Morton, archevêque de Canterbury en 1486, grand chancelier du royaume d’Angleterre en 1490 et cardinal en 1493. Il fera des études à Oxford en 1491. Il étudiera le grec auprès de William Grocyn, helléniste anglais et collaborateur d’Érasme (qui deviendra son pote d’ailleurs vers 1501), et de Thomas Linacre, un médecin anglais humaniste, fondateur du College of Physicians de Londres la plus vieille académie de médecine d’Europe.  Il sera diplômé en droit en 1498, et inscrit au barreau. Ce qui explique qu’il manque de temps comme le décrit le livre car il le passe auprès des autres à l’extérieur.

Donc le monsieur a une éducation et un degré d’études certain et est loin d’être un abruti. La connivence avec les idées de base de Platon vient du fait qu’il l’ait directement étudié. Ultérieurement, il plongera dans la bible, en prenant ses quartiers dans la chartreuse de Londres, vers 1500. Il fera des conférences, s’orientera dans le politique progressivement. Membre du conseil des avocats en 1501, professeur de droit en 1504 et membre du parlement et de la chambre des communes. Les idées humanistes de son prof et l’opposition de son père John More vont le positionner contre le roi Henri VII qui fait péter une taxe pour le mariage de sa fille Marguerite en 1503. D’ailleurs, John, sera enfermé à la tour de Londres en 1507 pour s’être opposé au roi et sa politique fiscale. Le fiston le vivra mal et partira vivre à Louvain en Belgique et à Paris.

On croirait un résumé des feux de l'amour

1509 Henri VII n’est plus, place à Henri VIII, qui lui est un humaniste de surface, ce qui ravit Thomas more, qui revient cette même année à Londres en tant qu’avocat et professeur de droit. Il officiera pour la corporation des merciers de la cité (marchands), et c’est eux qui le propulseront en 1510 au poste équivalent du shériff adjoint. Élu au parlement en 1512, administrateur de biens du cardinal Wosley en 1514. Il deviendra chercheur enseignant la même année, le summum académique. En 1515 il est mandaté pour une mission diplomatique commerciale par le roi aux pays bas, puis Belgique et France. (Période où il écrit Utopie.)

En 1516 il est remarqué par le roi, rentrera à son service et gagnera sa sympathie et sa confiance au point d’être conseiller privé en 1518. Le roi l’anoblira en 1521, sera nommé président de la chambre des communes en 1523. Il fera des signatures de traités au nom du roi les années qui suivent. Il sera nommé par le roi chancelier d’Angleterre en 1529. L’erreur sera commise en refusant de signer l‘acte de suprématie qui fait naitre l’Église anglicane pour permettre à Henri VIII de se remarier avec Anne Boleyn alors que l’Église catholique ne le permet pas à cette date. Le roi lui demandera une deuxième fois, toujours refusé, qui lui vaudra un voyage dans la tour de Londres. Il sera jugé le 1er juillet 1535 et décapité le 6 juillet.

ha le con !

- oui on comprend pourquoi de nos jours une petite compromission humiliante vaut mieux que de perdre la vie pour un idéal. Cette noblesse d'âme a disparu en occident. C’est bien pour ça qu'on coule d'ailleurs. Une petite passe de BFM sur les esprits et un match de foot et le problème est effacé...

Utopie et nihilisme, aveuglement de complaisance :

On voit dans l’Histoire que de défendre une tradition ou un dogme, s’opposer à un ordre établi, est potentiellement fatal. Et c’est le fatalisme auquel se confrontent tous les communistes, anarchistes, révolutionnaires, ça finit toujours dans le sang. L’ordre immuable des choses, c’est que ce qu’il doit se produire se produira, en temps utile, le moment venu. Il a fallu à partir de cette période-là plus de trois cents ans pour voir des Nietzsche dire que dieu est mort et des Dostoïevski pressentir qu’une révolution politique absolue n’est qu’un reset de forme mais pas de fond et basé sur un mensonge, c’est l’échec du socialisme scientifique, utopie prométhéenne. Aujourd’hui on se réfugie dans le dieu ordinateur et la déesse pognon, il n’y a plus rien à quoi se raccrocher maintenant que les ponts sont rompus tandis qu’au moyen orient une poussée est en passe d’achever ce qui a été combattu depuis 1500 ans.

C’est bien là problème du nihilisme. Il faut tout détruire pour rebâtir mais les seules références dont on dispose ne sont pas celles du monde d’après mais du monde qu’on vient de foutre en l’air, raison pour laquelle des gens comme Hegel ont dit que « l’histoire ne nous apprenait qu’une chose, qu’elle ne nous enseignait rien ». Puisque nous sommes condamnés à la refaire. Aujourd’hui nous sommes coincés sans réponse à l’interrogation de Camus « Comment vivre sans grâce et sans justice ? »  Bon, pour la justice, se basant sur le principe platonicien énoncé par Thrasymaque dans la république, c’est la loi du plus fort, donc peu importe la nature du système politique, c’est un faux débat et un non-problème, il faut juste avoir le courage de le reconnaitre. C’est la grâce qui pose problème. C’est son absence, qui est, la mère de tous les maux. Michel Onfray appelle cela « l’élégance ».

Personnellement, je ne suis pas un croyant, pour moi dieu est une invention, un réconfort psychique pour apaiser une douleur due à l’incapacité d’accepter qu’il n’y a pas de sens à notre histoire au sens métaphysique, que la seule infinie n’est pas Einsteinienne, mais simplement la mort biologique. Nous ne sommes, en quelque sorte, que ce qu’Asimov décrivait pour une machine, une singularité, qui a déjà eu lieu, et cela a été de doter les animaux d’une capacité à apprendre et retenir, ce qu’on appelle une âme…. Et sa capacité avec le temps d’évoluer, dans l’unique objectif constant dans l’histoire d’améliorer notre  confort de vie, même au point d’asservir nos semblables, de nier les dommages que nous faisons à notre environnement, ou plus récemment envisager que nous puissions partir vivre en dehors de l’environnement qui nous a vu naitre et évoluer au fil du temps, pour aller là où il n’y a même pas d’azote et d’oxygène à disposition à l’état naturel pour évoluer librement, s’enquérir de matériaux que nous n’avons pas été foutu de gérer sur notre planète d’origine sans se foutre sur la gueule depuis que nous en sommes capables.

Nous sommes en pleine dégénérescence due à l’incapacité de disposer d’humilité et de se contrôler et de faire respecter les lois qu’on édite soi-même. Vous comprendrez que je ne suis pas un nihiliste. Je suis pour une forme de dictature de la justice et de la justesse où l’erreur est reconnue lorsque c’est réellement une erreur et non un comportement délibéré nocif pour une communauté, où le cas échéant il n’y pas d’alternative que de sélectionner les individus aptes, et se débarrasser de toutes les merdes. Et des merdes, des épaves, des animaux, y en a un sacré paquet.

Le XXIᵉ siècle est la plaque tournante de l’espèce humaine, va-ton revenir à de la discipline avec un totalitarisme vital pour cadrer une masse immonde et idiote que l’on a voulu être ainsi, pour avoir le contrôle dessus ? Va-t-on libérer les intelligences ? Ou fuir et se réfugier comme le fit John galt  vu par Ayn Rand en 1958… ? Ou va-t-on laisser les choses aller de mal en pis jusqu’à ce que l’on s’extermine ? À en comprendre ce que je vais chercher dans les livres, en su de ma propre réflexion, j’ai une petite idée de la finalité des choses. Malheureusement, je ne serais plus en vie pour le voir et ça ne me laisse plus d’autre choix que de me délecter de chaque instant où je vois l’hystérisation de la société s’enflammer et mettre en cendre une civilisation qui agonise et n’a même pas conscience de son état à ne serait-ce que 15 ans à l’avance pour la quasi-totalité des individus.

Toujours est-il, les ignorants, aussi détestables soient-ils, sont bénis des dieux, ils n’ont pas à porter le fardeau du monde réel tel qu’il est.

Le nihilisme c’est l’ancêtre du communisme. Je conchie le communisme. Nietzsche y voyait une étape vers le postmodernisme, dépassant ce que je vois de mes yeux, qui est la décadence de la civilisation. Seulement Nietzsche n’a pas eu à se soucier des considérations quantitatives non managériales à la J.P Le Goff, mais de réalité de subsistance biologique en termes de ressources et d’allocations telles que je les vois avec bientôt 8 milliards d’individus et une saturation plus destructrice qu’un virus. Le postmodernisme, suppose surmonter les désenchantements du monde, or, un imbécile se réfugie derrière la première explication qui va l’aider à mieux supporter sa condition, c’est ce que je reproche comme manipulation à l’église en guise d’outil de contrôle. Le postmodernisme pour un imbécile c’est la bêtise crasse d’internet, l’incapacité intellectuelle de raisonner, car fonction neutralisée par le système depuis la naissance, et donc se termine dans l’obscurantisme, ce que je redéploie du triptyque platonicien connaissance > opinion>ignorance. C’est de l’opinion sur de l’opinion sans jamais vérifier quoi que ce soit et redéploie l’ignorance et la diffuse sur des canaux tel internet où la masse n’aurait jamais dû avoir accès. C’est le pire outil de destruction massive jamais créé par l’homme.

Et c’est cette même ignorance quand elle est mêlée à des cultes encore plus arriérés comme l’islam, qui dans une société en effondrement culturel, avec des déracinés arrogants à trois générations qui n’ont ni culture de leur civilisation d’origine ni la culture de leur pays d’accueil, induit non pas un postmodernisme, mais une fin. Car jamais des gens qui croient au paradis des 72 vierges, égorgent au nom d’un dieu et n’ont contribué en rien du progrès technique des 400 dernières années qui définit le monde tel qu’il est TOTALEMENT aujourd’hui, reléguant leur folklore au rang de pièce de musée, tout comme les africains, ne sont aptes à le faire perdurer dans le temps. La conquête des peuples qui est en train de s’opérer en occident, l’hybridation culturelle est incompatible avec un parc nucléaire de 58 réacteurs. Encore une fois, le temps fera comprendre trop tard, qu’il fallait régir.

Voyons maintenant le nihiliste dans sa forme telle qu’elle a pu être écrite il y a très longtemps. Comme Gorgias, qui a influencé Platon, en résumant le concept par globalement « rien existe » et le contraire, si ça existe, on ne peut pas être en quelconque interaction avec en tant qu’homme et le cas où on y arriverait (décidément) on ne peut pas le communiquer.  Maintenant, j’ai une méthode pour dégommer ce type de connard de gourou antique. L’ad hominem… Prenez un couteau, grand de préférence, pour le spectacle. Posez-lui la question, « selon toi, ce couteau, comme tout, n’existe pas ? » et vous lui remettez. Son argumentation étant ce qu’elle est, la deuxième question est simple, « puisque rien existe et qu’on ne peut rien appréhender, tranche-toi la gorge. » et là, il suffit d’écouter le flot de merde sortir de sa bouche pour justifier le non-passage à l’acte. C’est aussi simple que ça. il faut se méfier et critiquer absolument, tout, même les livres réputés.

                Dans mes préceptes, la radicalité est toujours un moyen de tester la véracité des choses. Le problème de l’humain, c’est que cela fait très longtemps qu’il se connait mais il a honte de ce qu’il est. Et la course au progrès technique, au confort de vie, est un moyen de se cacher de l’unique vérité, qu’il n’est guère mieux qu’un autre animal au nom de la nature qui l’a mis au monde sur cette terre. Ça fait fondamentalement chier l’humain que 2 + 2 = 4 et non pas 5 sur volonté comme l’écrit Dostoïevski c’est ça qui rend l’humain cinglé, sa condition est indépassable.  Il est imbu de lui-même par culture de groupe et sa capacité sera contestée non pas par une autre espèce animale, mais d’abord par ses semblables, et par dégâts collatéraux, par la nature elle-même qui le remettra à sa place. Car l’homme ne peut pas gagner à cause du chronomètre. Et ça… personne ne l’a réellement conceptualisé au-delà de leur nombril c’est ce que révèle le covid, avec l’immoralité du capitalisme à faire du fric sur tout.

Homo sapiens n’a que 300.000 ans, c’est une plaisanterie. La domestication du loup en chien, 35.000 ans. Les pyramides d’Égypte où l’on n’a toujours pas la preuve de comment la construction a été faite, 9000 ans… et pourtant c’est toujours existant. Le transistor n’a même pas 100 ans.

L’humilité, commence par la conscience de soi dans l’espace et le temps.

Quelque part, la folie est le refus de la finitude. C’est source de démence mégalomaniaque qui est imitée dans le temps par chacun. En 2021, tout le monde est un mini dieu. Internet est la promesse d’une trace, une immortalité.

Je n'ai pas fait le blog pour être connu, j'ai fait le blog pour rendre public ma réflexion et me rassurer autant que rassurer ceux qui s'y identifieront, que ce ne sont pas nous, les cinglés.

Cette espèce est foutue. Ils sont tellement cons et imbus d’eux-mêmes qu’ils ne s’en rendent même pas compte.

Le livre en lui-même 

Livre 1

« D’abord, les princes ne songent qu’à la guerre […]. Ils négligent les arts bienfaisants de la paix. S’agit-il de conquérir de nouveaux royaumes, tout moyen leur est bon ; le sacré et le profane, le crime et le sang ne les arrêtent pas. En revanche, ils s’occupent fort peu de bien administrer les Etats soumis à leur domination.

Quant aux conseils des rois, voici à peu près leur composition :

Les uns se taisent par ineptie, ils auraient eux-mêmes grand besoin d’être conseillés. D’autres sont capables, et le savent ; mais ils partagent toujours l’avis du préopinant qui est le plus en faveur, et applaudissent avec transport aux plates sottises qu’il lui plait de débiter ; ces vils parasites n’ont qu’un seul but, c’est de gagner par une basse et criminelle flatterie, la protection du premier favori. Les autres sont les esclaves de leur amour-propre, et n’écoutent que leur avis ; ce qui n’est pas étonnant ; car la nature inspire à chacun de caresser avec amour les produits de son invention. C’est ainsi que le corbeau sourit à sa couvée, et le singe à ses petits.

Qu’arrive-t-il donc au sein de ces conseils, où règnent l’envie, la vanité et l’intérêt ? Quelqu’un cherche-t-il à appuyer une opinion raisonnable sur l’histoire des temps passés, ou les usages des autres pays ? Tous les auditeurs en sont comme étourdis et renversés ; leur amour-propre s’alarme, comme s’ils allaient perdre leur réputation de sagesse, et passer pour des imbéciles. Ils se creusent la cervelle, jusqu’à ce qu’ils aient trouvé un argument contradictoire, et si leur mémoire et leur logique sont en défaut, ils se retranchent dans ce lieu commun : « Nos pères ont pensé et fait ainsi ; eh ! plût à Dieu que nous égalions la sagesse de nos pères ! » Puis ils s’assoient en se rengorgeant, comme s’ils venaient de prononcer un oracle. On dirait, à les entendre, que la société va périr, s’il se rencontre un homme plus sage que ses ancêtres. Cependant, nous restons froids, en laissant subsister les bonnes institutions qu’ils nous ont transmises ; et quand surgit une amélioration nouvelle, nous nous cramponnons à l’antiquité, pour ne pas suivre le progrès. J’ai vu presque partout de ces jugeurs moroses, absurdes et fiers. »

                J’ai déjà montré des liens entre Platon et aujourd’hui, sur la notion de forme géométrique d’un système, de représentation verticale triangulaire, qui prend comme volume une pyramide, qui est somme toute la forme physique d’une stabilité gravitationnelle la plus aboutie qui soit. A la lecture de ce passage du premier chapitre, le livre est relativement court, on sait déjà qu’on va avoir droit à un hybride pré marxiste, énième relecture d’un concept égalitariste se basant sur les valeurs judéo-chrétiennes de l’amour et du partage et de la volonté aveugle de croire en l’harmonie volontaire appliquée par convention humaine. C’est un biais insoluble dans l’histoire du temps des hommes et aujourd’hui j’arrive à le déceler plutôt rapidement dans un livre.  Bon, ok, là c’est écrit en gros sur la couverture… Toutefois, continuons, l’exercice est toujours bon à faire.

On voit aussi que l’humain, de façon plus récente de dix-neuf siècles par rapport à Platon, ne sait pas encore s’accommoder du changement et du progrès. Ici, il y a pour ma vision des choses, deux pans, distincts, parallèles, complémentaires : le progrès d’ordre technique et le progrès d’ordre sociétal. Le matériel, puis les mœurs. La technologie et l’homme. L’homme suit toujours. Dans le sens masse, peuple.

Aujourd’hui est une pétarade d’évènements dans le continuum de l’évolution, qui contient en son sein les mutations dégénératives postmodernistes et rien que pour l’année 2020, entre le covid et black lives matter, et 2021: vaccination à tous les étages on voit bien l’étendue du problème.

L’échange à un diner chez le cardinal entre More et un légiste sur la justice « rigoureuse » exercée contre les voleurs qu’on pend par vingtaine au même gibet, « qu’à peine si deux ou trois en réchappe l’Angleterre en fourmille » entame le festival du livre :

« Cela n’a rien qui doive vous surprendre. Dans ce cas, la mort est une peine injuste et inutile ; elle est trop cruelle pour punir le vol, trop faible pour l’empêcher. Le simple vol ne mérite pas la potence, et le plus horrible supplice n’empêchera pas de voler celui qui n’a que ce moyen de ne pas mourir de faim. En cela, la justice d’Angleterre et de bien d’autres pays ressemble à ces mauvais maîtres qui battent leurs écoliers plutôt que de les instruire. Vous faites souffrir aux voleurs des tourments affreux ; ne vaudrait-il pas mieux assurer l’existence à tous les membres de la société, afin que personne ne se trouvât dans la nécessité de voler d’abord et de périr après ? »

« La société y a pourvu, répliqua mon légiste, l’industrie, l’agriculture offrent au peuple une foule de moyens d’existence ; mais il y a des êtres qui préfèrent le crime au travail. »

Bonne réponse, face au bisounours, la vérité factuelle est reconnue dans la démonstration, mais pas déployée argumentairement parlant, puisque le livre est parti pris pour un utopisme sociale… Lisez la quadrilogie de l’histoire du socialisme par Jacques Droz en 2600 pages, vous comprendrez…

2600 pages sur le socialisme.?!? Mais t'es un grand malade toi
- disons que j'ai une vision plus panoramique que la moyenne, ça c'est certain.

« C’est là où je vous attendais, répondis-je. Je ne parlerai pas de ceux qui reviennent des guerres civiles ou étrangères, le corps mutilé de blessures. Cependant, combien de soldats, à la bataille de Cornouailles ou à la campagne de France, perdirent un ou plusieurs membres au service du roi et de la patrie ! Ces malheureux étaient devenus trop faibles pour exercer leur ancien métier, trop vieux pour en apprendre un nouveau. Mais laissons cela, les guerres ne se rallument qu’à de longs intervalles. Jetons les yeux sur ce qui se passe chaque jour autour de nous. »

La classique et toujours efficace technique de victimisation, on parle de vol, et de suite le déflecteur argumentaire sur l’estropié de guerre, qui n’a rien à voir… puisque, bon sens faisant, si on est sans jambe pour bosser, je ne vois pas comment on peut voler…

- En prenant ses jambes à son cou ??? 

rhoooo !!!!

Il y a un amalgame volontaire entre une pension d’invalidité et donner du travail à tout le monde. L’échange est clair. Et cette formulation maladive de « je ne te dis pas mais je te dis quand même »… tourné en ridicule par un sketch des inconnus  «  les pétasses » entre Didier Bourdon et Bernard Campan «  ho lala ch’te raconte paaaas – ho bas iii j’aurai bien voulu que tu me raconnnnnte – attennnnds, chte racooonnnnnte …

Et on enchaine là aussi avec la sacrosainte contrattaque sur la richesse :

« La principale cause de la misère publique, c’est le nombre excessif des nobles, frelons oisifs qui se nourrissent de la sueur et du travail d’autrui, et qui font cultiver leurs terres, en rasant leurs fermiers jusqu’au vif, pour augmenter leurs revenus ; ils ne connaissent pas d’autre économie. »

Certes, l’exemple est sous le servage, mais ils avaient des droits, héritage romain oblige, ce ne sont pas des biens meubles mais des personnes avec minimum inaliénable, ca n’est que vers le XIIIᵉ siècle que ça va partir en couille par la surtaxation, l’instauration de la mainmorte, etc., préfigurant l’horizon de la renaissance. Une révolte des paysans durant la guerre de 100 ans sera laminée à Londres en 1381, le servage ne prend fin en Angleterre qu’en 1575 par la fille d’Henri VIII, Elizabeth Ire .

Mais une fois de plus, en faisant un comparatif ultérieur comme je l’ai démontré avec la révolte des tisserands de Silésie 1844, la bourgeoisie, n’a jamais, mis un couteau sous la gorge des artisans pour qu’ils viennent travailler à l’usine,  ils ont vu que le mode de vie, c’était travailler pour de l’argent pour le troc en commodités, ils se sont fait dépasser en termes de méthode de production et d’efficacité, ils sont allés de leur propre chef dans l’usine travailler pour récupérer un peu de ce qu’ils ont perdu en pouvoir d’achat une fois qu’ils se sont pris une branlée suite à leur contestation quand d’autres s’étaient déjà résignés dans les fabriques. Ils ont mis la pression au gouvernement et aux classes dominantes mais ils se sont arrêtés. Il fallait continuer… une usine, si y a personne dedans, le patron il abdique…cf 1936…

Là où l’essence même de tout problème se situe, c’est que l’asservissement, est volontaire, c’est écrit par un gosse de 17 ans en 1754, LA BOETIE, certes écrivain français, donc noble, mais qui dit en substance que c’est votre obéissance et docilité qui donne le pouvoir et l’emprise à ceux que vous critiquez. Il ne tient qu’à vous de ne plus contribuer pour qu’ils perdent leur autorité. Et durant tout le XIXème la démonstration a été faite de ce que je peux en constater en France qu’il y a eu une constance artisanale, aujourd’hui citant l’insée en date de 2016 : l’artisanat compte en France environ 1,4 million d’entreprises. Près de quatre entreprises artisanales sur dix (39 %) relèvent du secteur de la construction. Viennent ensuite les secteurs de l’industrie (15 %), des autres services aux ménages (14 %) et du commerce (13 %). La France n’a pas suivi l’élan industriel de la première révolution du même nom au XVIIIème siècle, et le servage est nettement moins important qu’en Angleterre, le boom économique fin moyen âge/début renaissance permettait aux serfs de racheter leur liberté, De plus, le servage a disparu de France après 1453 par manque de main d’œuvre à cause de la guerre de 100 ans et de la grande peste.

La première concurrence libérale historique à ma connaissance pour l’emploi, que je nomme le débauchage : la France et l’Angleterre se tiraient la bourre à qui libérait les serfs en rachetant leur liberté pour qu’ils s’installent librement dans des bastides en échange de faire le boulot dans les champs, et ça forçait les nobles locaux à faire pareil sinon ils perdaient la main d’œuvre, un vrai mercato du servage à qui octroyait le plus de droits. Et l’église faisait pareil avec des « sauvetés », des zones bornées autours des églises dans le sud du pays, nommées salvetats en occitan (comme la bouteille d’eau) territoire d’extraterritorialité, la loi de l’homme ne s’y appliquait pas. Les sauvetés ont commencé à la période des grands défrichements du XI au XIIIème siècle et sont une cause du grand nombre de villes dans le pays, rien qu’en Gascogne au XIème siècle on en comptait plus de 1000.  Le but initial était de coloniser, église oblige. Mais il faut reconnaitre que l’église, bien que je ne la porte pas dans mon cœur, a quand même joué un rôle dans l’émancipation plus précoce en France qu’en Angleterre du servage.

Si ces cons de blacks savaient ça, que la source de la relance esclavagiste c’est à cause des Hollandais & Anglais pour le commerce triangulaire pour les colonies américaines qui sont que la toute première conséquence du capitalisme… fin là, autant croire au père noël.

En Angleterre, l’abolition du servage par Elisabeth Ière se fait 120 ans plus tard qu’en France.

Pour en revenir au principe d’émancipation et de liberté de soi dans le rapport au monde moderne cela induit le risque, l’indépendance, la fatalité dans l’erreur, tout ceci je l’ai conceptualisé sans l’aide de personne ni quelconque récit philosophique il y a maintenant quelques années, simplement en regardant les gens dans la rue, en déambulant dans le système. Tout ce poids de structure qui éreinte les gens, consentent à le supporter car il sert d’abris quand il pleut. Or si l’on considère avec raison, calme et esprit, que l’eau ça sèche, que c’est utile à un tas de choses, il n’y a pas de raison de se réduire en esclavage/servage volontairement pour éviter la pluie, pour le formuler avec image. C’est historiquement de la peur, puis devenu un principe d’ignorance.

La prédation de l’homme en tant qu’animal est égale à toute autre prédation dans le règne animal. L’incapacité de reconnaitre sa lâcheté, sa flemmardise, son inculture, son manque de recul et de lucidité, sa fierté, orgueil animal à toujours prétendre à, et incriminer les autres quand vous n’avez pas la disposition ni les prérequis pour prétendre à posséder de ce que vous voyez et que vous ne possédez pas, c’est de la jalousie. Et dans le règne animal, la jalousie fait faire des choses aberrantes, mais la sanction est souvent un rappel à l’ordre. Le problème de l’humain c’est qu’il rectifie par conventions successives pour se forcer à gommer les aspérités des collectivités qu’il crée pour satisfaire le plus grand nombre au fur et à mesure que la masse croît. ( héritage de ce qui est dit sur les bastides/sauvetés ) Il en résulte un déséquilibre perpétuel dans l’application des règles, et c’est la raison essentielle pour laquelle aucun système ne peut fonctionner. Car dans un instant donné, comme le définit Platon avec les valeurs or, argent, airain et fer, le fer sera toujours revendicatif de sa condition vis-à-vis de l’or, sans même regarder ses prédispositions physiques ou intellectuelles, c’est l’animal, cerveau reptilien, qui parle ainsi, et qui revendique une égalité, qui de fait, n’est pas.

Et tout repose sur un mensonge où l’on prétend pour la paix sociale à être égaux. Tout est là. Le modèle marxiste :

féodalisme>révolution>bourgeoisie>révolution>prolétariat>communisme ne peut pas fonctionner car le modèle de base ne convient pas aux exploités par la force, après une révolution c’est la bourgeoisie qui exploite l’appareil productif au détriment de la répartition des richesses créées, phénomène perpétué, c’est une captation, qui mène à une autre révolution des spoliés qui prennent le pouvoir et rendent le système égalitaire mais brise le relief naturel humain capacitif en l’aplanissant, ce qui provoque des détournements pour recréer ce relief naturel dans un appel de puissance monumental qui met le support à genoux, et qui  se termine dans le communisme par la classique captation des richesses du sommet et l’adage comique « le communisme, ce qui est à moi est à moi et ce qui est à toi m’appartient à moitié ».

Platon le dit ouvertement qu’il faut employer la force pour maintenir les rangs et flinguer les vermines. Personne ne l’a repris… car soi-disant humaniste. C’est un mensonge. Ceux qui affirment ça sont les premiers donneurs d’ordres, mais en cachette, ils n’assument même pas leur propre nature.

Le conflit de valeurs pseudo humaniste est toujours présent dans toute démonstration, revenons au livre  :

« Ces valets tombent-ils malades ou bien leur maître vient-il à mourir, on les met à la porte ; car on aime mieux les nourrir à ne rien faire que les nourrir malades, et souvent l’héritier du défunt n’est pas de suite en état d’entretenir la domesticité paternelle. »

« Voilà des gens exposés à mourir de faim, s’ils n’ont pas le cœur de voler. Ont-ils, en effet, d’autres ressources ? Tout en cherchant des places, ils usent leur santé et leurs habits ; et quand ils deviennent pâles de maladie et couverts de haillons, les nobles en ont horreur et dédaignent leurs services. Les paysans mêmes ne veulent pas les employer. Ils savent qu’un homme élevé mollement dans l’oisiveté et les délices, habitué à porter le sabre et le bouclier, à regarder fièrement le voisinage et à mépriser tout le monde, ils savent qu’un tel homme est peu propre à manier la bêche et le hoyau, à travailler fidèlement, pour un mince salaire et une faible nourriture, au service d’un pauvre laboureur. »

Vous voyez, ce paragraphe. Il est intéressant, car il montre un degré de conscience et de lucidité envers soi-même. Reconnaitre l’aptitude physique du travail de la terre, et que les autres n’en sont pas capables… pourquoi ne sont-ils pas partis défricher un espace vierge, se l’approprier, faire leur culture pour eux et laisser crever les autres. Vers 1500 le nombres de serfs à quand même diminué aussi en Angleterre. Pourquoi ils n’ont jamais, dans le système féodal de l’époque, voulu s’émanciper autre mesure… la réponse, c’est la sécurité et elle prend naissance pendant Rome avec le colonat et continue après. Lisez joseph Proudhon quand il fait l’histoire de l’alleu, du précaire et du bénéfice. C’est génial à lire… quand vous réalisez que les 1000 ans de servage on une dynamique d’alignement impulsée par une notion sécuritaire qui prend le pas sur l’indépendance, c’assez inouïe. Ca explique pourquoi aujourd’hui, la liberté, les gens, n’en veulent pas. ils veulent être en paix.

Aujourd’hui, je persiste avec les gilets jaunes, vous leur proposez « plus de taxe, mais par contre, plus de supermarché ni de source d’énergie, démerdez-vous pour manger et tout redevient manuel » aucun n’accepte. Le conditionnement psychique est total et on cultive l’enfermement et interdit explicitement toute forme de remise en cause du système. Et là, l’utopie, ce n’est pas l’antiquité… c’est la renaissance.

« C’est précisément cette classe d’hommes que l’État doit entretenir et multiplier avec le plus de soin. Il y a chez eux plus de courage et d’élévation dans l’âme que chez l’artisan et le laboureur. Ils sont plus grands et plus robustes ; et partant, ils constituent la force d’une armée, quand il s’agit de livrer bataille. »

Platon, ctrl C, ctrl V… et on n’a jamais pu dépasser cette incapacité à encaisser la vérité pour ce qu’elle est. C’est une incapacité à comprendre la légitimité de la violence pour le bienfondé de l’équilibre de la communauté.  Aujourd’hui en 2021 en France, aux usa, partout où il y a une désintégration du régalien, dépassé par la massification du désordre, c’est dû à un refus d’expliciter la radicalité de l’application de la loi et des codes qui régentent une société, une communauté, et quand ceux qui posent problèmes ont compris les limites idéologiques applicatives des textes de loi, comme pour le vol et la prison, ils contournent, ils mandatent les mineurs… la récurrence au-delà du frénétique des petits délits abaissent par incapacité structurelle de traitement des cas les sanctions et le seuil de tolérance augmente d’autant plus, et ainsi de suite, c’est une spirale infernale dans l’incapacité radicale élémentaire de dire une fois pour toute, que non, les humains ne sont pas tous égaux et qu’au-delà de tout discours racialiste, tout individu, incapable de se contenir et qui  dépasse systématiquement les bornes du système et dont on ne sait plus quoi faire, on doit s’en débarrasser, définitivement. Et pour cela, il faut d’abord réinstaurer la vérité au centre de toute chose. Et ca… on n’est pas près d’y arriver.

More part dans le descriptif de ce que l’on nommera l’enclosure, le début du XVIème siècle en Angleterre voit un boom économique dans le marché de la laine et donc les moutons sont un fléau et les allocations de l’espace au sol se font au détriment des serfs et des paysans.

Les troupeaux innombrables de moutons qui couvrent aujourd’hui toute l’Angleterre. Ces bêtes, si douces, si sobres partout ailleurs, sont chez vous tellement voraces et féroces qu’elles mangent même les hommes, et dépeuplent les campagnes, les maisons et les villages.

En effet, sur tous les points du royaume, où l’on recueille la laine la plus fine et la plus précieuse, accourent, pour se disputer le terrain, les nobles, les riches, et même de très saints abbés. Ces pauvres gens n’ont pas assez de leurs rentes, de leurs bénéfices, des revenus de leurs terres ; ils ne sont pas contents de vivre au sein de l’oisiveté et des plaisirs, à charge au public et sans profit pour l’Etat. Ils enlèvent de vastes terrains à la culture, les convertissent en pâturages, abattent les maisons, les villages, et n’y laissent que le temple, pour servir d’étable à leurs moutons. Ils changent en déserts les lieux les plus habités et les mieux cultivés. Ils craignent sans doute qu’il n’y ait pas assez de parcs et de forêts, et que le sol ne manque aux animaux sauvages.

Ainsi un avare affamé enferme des milliers d’arpents dans un même enclos ; et d’honnêtes cultivateurs sont chassés de leurs maisons, les uns par la fraude, les autres par la violence, les plus heureux par une suite de vexations et de tracasseries qui les forcent à vendre leurs propriétés. Et ces familles plus nombreuses que riches (car l’agriculture a besoin de beaucoup de bras), émigrent à travers les campagnes, maris et femmes, veuves et orphelins, pères et mères avec de petits enfants. Les malheureux fuient en pleurant le toit qui les a vus naître, le sol qui les a nourris, et ils ne trouvent pas où se réfugier. Alors, ils vendent à vil prix ce qu’ils ont pu emporter de leurs effets, marchandise dont la valeur est déjà bien peu de chose. Cette faible ressource épuisée, que leur reste-t-il ? Le vol, et puis la pendaison dans les formes.

en 2030 vous ne posséderez rien et vous serez heureux, ha oui.

Aiment-ils mieux traîner leur misère en mendiant ? on ne tarde pas à les jeter en prison comme vagabonds et gens sans aveu. Cependant, quel est leur crime ? C’est de ne trouver personne qui veuille accepter leurs services, quoiqu’ils les offrent avec le plus vif empressement. Et d’ailleurs, comment les employer ? Ils ne savent que travailler à la terre ; il n’y a donc rien à faire pour eux, là où il n’y a plus ni semailles ni moissons. Un seul pâtre ou vacher suffit maintenant à faire brouter cette terre, dont la culture exigeait autrefois des centaines de bras.

                Il est vrai que l’enclosure a été dévastatrice chez eux. Braudel fait remonter le capitalisme au Moyen Âge en Italie et au Pays-Bas, en ce qui me concerne, à hauteur de ce que je sais à ce jour, donc rien, l’enclosure est le premier vrai phénomène observable des conséquences du capitalisme sur une très grande échelle :

 Les expropriations ont créé de la richesse et la deuxième conséquence qui arrive dans la foulée, les risques de la sur exploitation : une maladie des moutons, qui a entrainé la mort de milliers de bêtes, ont fait grimper les cours de la laine et les ouvriers drapiers ont été incapables de suivre derrière à l’approvisionnement, ce qui a créé un effet boule de neige où l’incidence d’un maillon entraine toute une chaine derrière et mettant des gens en difficultés. Et la troisième conséquence c’est que le business de la laine a été cartelisé très rapidement et les détenteurs du monopole bien qu’illégal, ont fait de la rétention de stock même une fois la quantité de moutons revenue au niveau antérieur pour maintenir les cours élevés. N’étant pas en besoin d’argent immédiatement, ils pouvaient attendre pour vendre.

 La surabondance d’une ressource, le mouton, a été au détriment des autres espèces de bétail, et cela a également impacté de par leur rareté, leur cout qui fut une autre conséquence. S’ensuit toujours des fermetures de métairies, que les seigneurs allaient acheter le bétail maigre pour un rien, les engraissaient dans leurs prés et revendaient hors de prix, qui provoquait l’impossibilité d’acheter la bête au lieu de revente, et la rupture de disponibilité là où elle était achetée originellement par manque de temps pour renouveler l’espèce, et constitue une élévation générale des prix, ainsi la famine nait.

Toute l’histoire de la captation des richesses et de la non-redistribution équitable du travail de Marx prend naissance là-dedans. Marx n’invente rien, il a 300 ans de retard.

Et je suis persuadé que mon exemple n’est pas le premier et qu’il y a des précédents plus anciens que j’ignore.

Arrachez de votre île ces pestes publiques, ces germes de crime et de misère. Décrétez que vos nobles démolisseurs reconstruiront les métairies et les bourgs qu’ils ont renversés, ou céderont le terrain à ceux qui veulent rebâtir sur leurs ruines. Mettez un frein à l’avare égoïsme des riches ; ôtez-leur le droit d’accaparement et de monopole. Qu’il n’y ait plus d’oisifs pour vous. Donnez à l’agriculture un large développement ; créez des manufactures de laine et d’autres branches d’industrie, où vienne s’occuper utilement cette foule d’hommes dont la misère a fait jusqu’à présent des voleurs, des vagabonds ou des valets, ce qui est à peu près la même chose.

Si vous ne portez pas remède aux maux que je vous signale, ne me vantez pas votre justice ; c’est un mensonge féroce et stupide.

Vous abandonnez des millions d’enfants aux ravages d’une éducation vicieuse et immorale. La corruption flétrit sous vos yeux ces jeunes plantes qui pouvaient fleurir pour la vertu, et vous les frappez de mort, quand, devenus des hommes, ils commettent les crimes qui germaient, dès le berceau, dans leurs âmes. Que faites-vous donc ? Des voleurs, pour avoir le plaisir de les pendre.

Il n’est pas encore question de copier-coller Platon, la réponse est plutôt sensée de trouver dans son imitation sans violence d’occuper les gens et de leur offrir la résilience alimentaire et la sécurité de la subsistance. En cela je suis totalement d’accord et c’est même ce à quoi j’aspire à vrai dire.

Remplir le caddie toutes les semaines ca me fait chier. Les touristes dans les rayons ça me fait chier. Les vieux porcs qui éternuent sur les légumes l'hiver ça me fait chier,  la connasse de caissière mal baisée ça me fait chier. Par contre, j'aime parler à mes tomates qui ont soif le soir quand je les arrose.

Vous avez très bien parlé, me dit-il, vous surtout qui êtes étranger, et qui ne pouvez connaître ces matières que par ouï-dire. Je vais vous donner de meilleurs renseignements. Voici l’ordre de mon discours : d’abord, je récapitulerai tout ce que vous avez dit ; ensuite, je relèverai les erreurs que vous a imposées l’ignorance des faits ; enfin, je réfuterai vos arguments, je les pulvériserai. Je commence donc, comme je l’ai promis. Vous avez, si je ne me trompe, énuméré quatre…

— Je vous arrête là, interrompit brusquement le cardinal, l’exorde me fait craindre que le discours ne soit un peu long. Nous vous épargnerons aujourd’hui cette fatigue. Mais je ne vous tiens pas quitte de votre harangue ; gardez-nous-la tout entière pour la prochaine entrevue que vous aurez avec votre partie adverse. Je souhaite que le jour de demain vous ramène ici tous les deux, à moins que vous ou Raphaël ne soyez dans l’impossibilité de venir. En attendant, mon cher Raphaël, vous me feriez plaisir de m’apprendre pourquoi le vol ne mérite pas la mort, et quelle autre peine vous y substitueriez qui garantit plus puissamment la sûreté publique. Car vous ne pensez pas que l’on doive tolérer le vol, et si la potence n’est pas aujourd’hui une barrière pour le brigandage, quelle terreur imprimerez-vous aux scélérats, quand ils auront la certitude de ne pas perdre la vie ? quelle sanction assez forte donnerez-vous à la loi? Une peine plus douce ne serait-elle pas une prime d’encouragement au crime ?            

La malhonnêteté argumentaire, typique, on fait genre de répondre, et hop,  pu là ! Platon a fait le coup aussi plusieurs fois.

— Ma conviction intime, très éminent père, est qu’il y a de l’injustice à tuer un homme pour avoir pris de l’argent, puisque la société humaine ne peut pas être organisée de manière à garantir à chacun une égale portion de bien.

On m’objectera, sans doute, que la société, en frappant de mort, venge la justice et les lois, et ne punit pas seulement une misérable soustraction d’argent. Je répondrai par cet axiome : ’’Summum jus, summa injuria’’. L’extrême droit est une extrême injustice. La volonté du législateur n’est pas tellement infaillible et absolue qu’il faille tirer le glaive pour la moindre infraction à ses décrets. La loi n’est pas tellement rigide et stoïque, qu’elle place au même niveau tous les délits et tous les crimes, et n’établisse aucune différence entre tuer un homme et le voler. Car, si l’équité n’est pas un vain mot, entre ces deux actions, il y a un abîme.

Eh quoi !* Dieu a défendu le meurtre, et nous, nous tuons si facilement pour un vol de quelques pièces de monnaie !

* Platon, sors de ce corps !  ca y est on l’a perdu. Il parle comme lui. Pour répondre à l’argument, évidement que la perfection de l’application des lois est impossible, mais il y a une marge, statistique, entre avoir une loi que personne ne respecte et une loi appliquée avec une marge d’erreur et dont la grande majorité des gens la respecte. C’est du bon sens.

 Les humanistes, les communistes, sont dans une vision absolutiste des choses et du monde, ils sont extrêmement manichéens. La radicalité que je prône est paradoxale en apparence mais en fait ne l’est pas. Partant d’un absolu inatteignable on se rapproche de ce qu’on vise et limite le facteur entropique d’un système autant que faire se peut. Si la largesse et le laxisme sont supérieurs à un certain degré, un certain seuil, alors une dégénérescence s’opère et l’ordre établi change, il n’est plus respecté. Dans l’histoire, un totalitarisme a toujours été un réalignement de la masse par la force dans un courant de pensée où une attitude attendue qui n’avait plus cours. Voilà pourquoi il y a des cycles de ce type au fil du temps. C’est l’inverse d’une valve, on représsurise quand la bouteille est vide.

Quelqu’un dira peut-être : Dieu, par ce commandement, a ôté la puissance de mort à l’homme privé, et non au magistrat, qui condamne en appliquant les lois de la société.

Mais, s’il en est ainsi, qui empêche les hommes de faire d’autres lois également contraires aux préceptes divins, et de légaliser le viol, l’adultère, et le parjure ? Comment !… Dieu nous a défendu d’ôter la vie non seulement à notre prochain, mais encore à nous-mêmes ; et nous pourrions légitimement convenir de nous entr’égorger, en vertu de quelques sentences juridiques ! Et cette convention* atroce mettrait juges et bourreaux au-dessus de la loi divine, leur donnant le droit d’envoyer à la mort ceux que le code pénal condamne à périr !

 *Le mot est utilisé… il a la solution sous les yeux et il ne la voit pas. Il y a une loi qui condamne un interdit, les gens l’outrepassent, et on ne fait rien, on tolère… et après ça couine.

C’est là le problème du théiste… il croit en dieu qui lui dit de ne pas tuer. Mais d’autres que lui, tuent, font mal, se comportent mal. Et donc on doit rester avec les cinglés à côté et ne rien faire. 

Tels sont les motifs qui me persuadent qu’il est injuste d’appliquer au voleur la même peine qu’au meurtrier. Peu de mots vous feront comprendre combien cette pénalité est absurde en elle-même, combien elle est dangereuse pour la sûreté publique. Le scélérat voit qu’il n’a pas moins à craindre en volant qu’en assassinant ; alors, il tue celui qu’il n’aurait fait que dépouiller ; et il le tue dans sa propre sûreté. Car il se débarrasse ainsi de son principal dénonciateur, et court la chance de mieux cacher son crime. Le bel effet de cette justice implacable ! en terrifiant le voleur par l’attente du gibet, elle en fait un assassin.

Voilà la logique, si on tue les voleurs, y deviennent des tueurs, donc faut pas les tuer…

Les humanitaristes de gauche refusent de parler de ça ouvertement, mais en privé le moment venu sont les premiers à lancer l’application de la doctrine.  Moi je propose simplement de le dire ouvertement comme règle fondamentale de bonne conduite. Les humains, avec les humains, les comportements de cinglés, de gorilles, n’ont pas leur place. Je suis contre l’exil forcé type bagne car l’endroit pourrait servir pour le tourisme, une ile ne mérite pas de recevoir des vermines qui méritent la mort. Sinon ça devient l’Australie… On ne peut pas se comporter comme un animal si l’on prétend être plus évolué et se dissocier des autres espèces. Alors soit on fait le tri, soit on se comporte tous comme tel et dans ce cas les morts ne seront pas ceux qui auront commis l’injustice, mais ceux qui ne seront pas dans la capacité de se défendre et d’apporter une réponse appropriée pour perdurer. Et ca, dans les têtes, ça ne rentre pas.  Mais ca finira. Dans une plage de temps relativement courte de ce que je peux entrapercevoir…

Au fait, la peine de mort qui a été aboli, oui, Badinter…Mitterrand, 1981… merci la gauche. Ceci dit le service militaire sous Chirac ce n’était pas franchement mieux non plus.

Lorsque chez ce peuple un individu est convaincu de larcin, on lui fait d’abord restituer l’objet volé, au propriétaire, et non au prince, comme cela se pratique ailleurs. Les Polylèrites estiment en effet que le prince n’a pas plus de droits sur l’objet volé que le voleur lui-même. Si l’objet est dégradé ou perdu, on en prend la valeur sur les biens du coupable, et on laisse le reste à sa femme et à ses enfants. Lui, on le condamne aux travaux publics ; et, si le vol n’est pas accompagné de circonstances aggravantes, on ne met le condamné ni au cachot ni aux fers ; il travaille le corps libre et sans entraves.

Toutes les tentatives de comparaison avec des peuples dans les montagnes comme les Polylèrites est non avenue aujourd’hui, la population mondiale en 1500 était de 500 millions d’individus à la louche. Nous sommes 8 milliards et mondialisé, infrastructures pour le déplacement sur sol, air et mer. Ces solutions n’ont plus cours, que fait un prisonnier à la première opportunité, il s’échappe, le temps où rester dans le périmètre sans chaine et faire sa peine en échange du gite et en totale liberté (car ne pouvait pas survivre en se tirant dans les montagnes tout seul) avec un appel le soir comme à l’école est issu d’un temps qui n’a plus cours aujourd’hui. Avec une voiture on quitte le continent en 24h.

Le travail de forçat à la romaine n’a plus cours face au rendement des machines, et le traitement des nazis pour l’exemple des marches de la mort à Mauthausen pour les occuper fut considéré comme inhumain, bon ok ils ne les nourrissaient pas et les jetaient du haut des marches, donc on n’est pas près de revenir à du travail manuel ou ingrat. Mettez-les en tant qu’éboueurs ils ne vont pas ramasser les poubelles, ils vont rouler, s’échouer contre un abri de bus et quitter le pays dans la matinée.  Certains seraient prêts à prendre le Ferry avec le camion poubelle je suis certain…

Alors que plus loin dans la comparaison :

Leurs amis peuvent leur donner à boire, à manger, et un habit de couleur voulue. Mais un cadeau d’argent entraîne la mort de celui qui donne et de celui qui reçoit. Un homme libre ne peut, sous aucun prétexte, recevoir de l’argent d’un esclave (c’est ainsi qu’on nomme les condamnés). L’esclave ne peut toucher des armes ; ces deux derniers crimes sont punis de mort.

Donc on ne peut pas tuer un voleur en première instance, mais on peut tuer un voleur qui s’accoquine avec quelqu’un de libre qui lui donne de l’argent,  quand ce geste est explicitement anodin d’individu à individu, alors que le vol en premier lieu lui n’est pas sanctionné plus que ça. Vous la voyez la connerie humaine dans sa splendeur ? Vous voyez le raisonnement complètement pété ? Vous comprenez pourquoi le monde part en couille ?

La sanction de mort est présente si un individu aide le détenu à s’échapper ou gommer le signe distinctif qui l’identifie comme détenu… J’ai envie de dire c’est secondaire, utile pour les détentions lorsqu’un seuil de toxicité à la société qu’on pourrait fixer à 5, 6 interpellations et 2 emprisonnements. Au-delà, pan, problème réglé. La justice et l’ordre c’est ça. On y est plus habitué aujourd’hui.

Tout signe de marquage physique sur l’individu coupable est immédiatement attaqué au nom des droits de l’hommes mais ils se font tous tatouer comme des chiens. La première chose à faire c’est de prélever ceux qui font et appliquent les lois et contrairement à Platon qui veut épargner le plus possible pour avoir un jugement pur il faut que les juges baignent dans la merde ( de force, car ils le savent pertinemment ne nous y trompons pas  – et ce n’est pas un problème d’effectif ou de moyen, c’est un problème de courage et assumer devant l’histoire des choix que l’on se refuse à faire et des actes à commettre ) et vivre  au plus près de là où il y a problème pour qu’ils prennent la mesure à la place de ouï-dire de ce que les lésés subissent au quotidien pour qu’il sachent ce que c’est le rodéo à 4h du matin sur le parking la musique, la pisse dans le hall, les règlements de compte pour un regard, la voiture qui brule pour rien, ne pouvant plus aller travailler ni aller faire les courses, l’assureur qui refuse de payer, ses enfants agressés,  la boite aux lettres fracturée,  le logement cambriolé, le chien empoisonné, le viol en réunion, les menaces de morts…  Croire que ceux qui subissent ne souhaitent pas dans leurs têtes un bébé Adolf en devenir, c’est se tromper lourdement. Je l’ai déjà dit, tout ce qu’on empêche d’une manière, se produit d’une autre manière.

Je demande beaucoup à un pays qui n’ose même pas taper du poing pour une histoire de masque en tissu inutile au lendemain d’une grippe et à la veille d’une autre. Vous voulez que la justice soit rendue… même une chose simple et sans violence, divise les gens. Alors la létalité pour appliquer la justice immédiatement…. Bon courage. On en a encore pour un moment. Et je pense que les premiers exemples ne viendront pas franchement du régalien.

Platon a dit : L’humanité sera heureuse un jour, quand les philosophes seront rois ou quand les rois seront philosophes. Hélas ! que ce bonheur est loin de nous, si les philosophes ne daignent pas même assister les rois de leurs conseils !

 Vous calomniez les sages, me répliqua Raphaël ; ils ne sont pas assez égoïstes pour cacher la vérité ; plusieurs l’ont communiquée dans leurs écrits ; et si les maîtres du monde étaient préparés à recevoir la lumière, ils pourraient voir et comprendre. Malheureusement, un fatal bandeau les aveugle, le bandeau des préjugés et des faux principes, dont on les a pétris et infectés dès l’enfance. Platon n’ignorait pas cela ; il savait aussi que jamais les rois ne suivraient les conseils des Philosophes, s’ils ne l’étaient pas eux-mêmes. Il en fît la triste expérience à la cour de Denys le Tyran.

Effectivement le pouvoir est la source première de la corruption de l’âme, et Denys le false flag pour obtenir sa garde rapprochée de 600 hommes quand personne ne voulait en faire partie qui organise un faux attentat contre lui pour justifier sa requête, son mariage arrangé pour le gain de position… au final n’a pas su faire mieux que ceux qu’il décriait face à Carthage en perdant Camarina et Gela en Sicile. Tyran de la colonie grecque de Syracuse, sa garde le sauvera d’un premier renversement, s’alliera aux spartiates pour durer, fera de Syracuse un blockhaus et une fabrique d’arme, dont il sera le commanditaire de l’ancêtre de l’arbalète, le gastrophete, et le dérivé de catapulte, l’oxybele.

Extrêmement paranoïaque, et en a toujours mis plein la tête envers Platon durant son séjour vers  -388 -387. Platon lui aurait suggéré d’instaurer un gouvernement juste, Denys aurait rembarré Platon de force sur un navire qui aurait fait escale à Egine, une île grecque du golfe Sardonique, au sud-ouest d’Athènes, alliée de sparte contre Athènes. Les lacédémoniens auraient vendu Platon comme esclave, Anniceris de Cyrène l’aurait reconnu et l’aurait racheté pour lui rendre sa liberté.

Platon était ami du cousin et beau-frère de Denys, Dion. Comme Céline, sans la voix ni l’accent. A la mort de Denys, Platon est revenu pour voir Dion et conseiller Denys II, le retour, neveu du côté maternel, hélas, aussi claqué du bonnet que son père, il les voyait comme des comploteurs. Ils se feront éjecter, une habitude maintenant pour Platon, d’être retenu en escale, cette fois ça sera l’ile citadelle d’ortygie, petite île sur laquelle se trouve le centre historique de Syracuse, avant d’être relâché cette fois. Dion est banni par son neveu qui se réfugie à Athènes.

Denys II demandera à Platon de faire revenir son oncle quelques années plus tard mais ce dernier refusera. Denys II pétera aussi un casque comme son père et c’est cette fois Archytas qui envoie un navire à Syracuse pour aller chercher Platon et le ramènera à Athènes.

Denys le jeune est aussi poivrot que son père. Dion montera une expédition pour prendre le pouvoir à Syracuse pendant que Denys II voyage à Caulonia, en -357. Denys II deviendra tyran à Locres, ville de l’extrême sud-est de la pointe de la botte de l’Italie (schématiquement sous la semelle) dans la région de Calabre, et le gag, Dion fera encore pire de son neveu, et il finira assassiné 3 ans plus tard en -354 par son ami Callippe, disciple de Platon.

Donc oui, Platon, l’expérience Denys et les voyages avec escales en Sicile, ca a dû le traumatiser un peu et c’est en partie le motif qui expliquerait le « roi devra être philosophe » de la république publiée en -376 ( chronologiquement y a tout le côté guerres médiques surtout, sans oublier la mort de son maitre). Qu’il préfère se consacrer totalement à son œuvre de philosophe plutôt que de s’emmerder avec ses semblables, c’est suggéré sans être dit dans « la république », que si l’on a besoin des philosophes et bien il faut aller les chercher mais de son plein gré et volonté propre il n’estime ne plus avoir à interférer avec le monde politique. Quand je dis dans ma fiche de la république qu’il fait sa princesse, mais qu’il a raison, à ce moment ou je l’écris, j’ignore son histoire avec Denys 1 & 2. Et cela me renforce aujourd’hui dans l’idée qu’à la fin de sa vie Platon voulait définitivement l’autonomie de la Grèce et ne plus avoir à faire toutes ces choses en dehors du pays. On l’a pris pour un précurseur du communisme, mais en fait c’est un communautariste, pour comprendre Platon il est VITAL d’avoir une connaissance de l’histoire sinon tout est déformé.

S’en suit un long passage de comparatif de situation hypothétique pour la France pour expliquer le comportement de Denys ( sans le cautionner ), Puis un autre sur les manipulations monétaire qui décline en usage de la manipulation de la dette, à la corruption , une référence est faite à la multiplicité et au conflit d’intérêt, c’est une critique détaillée du système en cours à l’ère des Tudor :

La richesse et la liberté conduisent à l’insubordination et au mépris de l’autorité ; l’homme libre et riche supporte impatiemment un gouvernement injuste et despotique.

[…]

Vos conseils sont infâmes, honteux pour le roi, funestes pour le peuple. L’honneur de votre maître et sa santé consistent dans les richesses de ses sujets, plutôt que dans les siennes propres. Les hommes ont fait des rois pour les hommes, et non pas pour les rois ; ils ont mis des chefs à leur tête pour vivre commodément à l’abri de la violence et de l’insulte ; le devoir le plus sacré du prince est de songer au bonheur du peuple avant de songer au sien ; comme un berger fidèle, il doit se dévouer pour son troupeau, et le mener dans les plus gras pâturages.

Avancer que la misère publique est la meilleure sauvegarde de la monarchie, c’est avancer une erreur grossière et évidente ; où voit-on plus de querelles et de rixes que parmi les mendiants ?

Quel est l’homme qui désire plus vivement une révolution ? N’est-ce pas celui dont l’existence actuelle est misérable ? Quel est l’homme qui aura le plus d’audace à bouleverser l’Etat ? N’est-ce pas celui qui ne peut qu’y gagner, parce qu’il n’a rien à perdre ?

Un roi qui aurait soulevé la haine et le mépris des citoyens, et dont le gouvernement ne pourrait se maintenir que par la vexation, le pillage, la confiscation et la mendicité universelle, devrait descendre du trône et déposer le pouvoir suprême. En employant ces moyens tyranniques, peut-être conservera-t-il le nom de roi, mais il en perdra le courage et la majesté. 

L’utopiste sociale ne comprend pas qu’on ne règne pas sur un homme riche, on en fait son ami…

 La dignité royale ne consiste pas à régner sur des mendiants, mais sur des hommes riches et heureux.

Un petit au passage pour le covid et l’aspiration de la société :  1516 – 2021,  505 ans. Ca n’a pas une ride :

Le médecin qui ne sait guérir les maladies de ses clients qu’en leur donnant des maladies plus graves, passe pour ignare et imbécile ; avouez donc, ô vous qui ne savez gouverner qu’en enlevant aux citoyens la subsistance et les commodités de la vie, avouez que vous êtes indignes et incapables de commander à des hommes libres. Ou bien corrigez votre ignorance, votre orgueil et votre paresse ; voilà ce qui excite à la haine et au mépris du souverain. Vivez de votre domaine, selon la justice ; proportionnez vos dépenses à vos revenus, arrêtez le torrent du vice, créez des institutions bienfaisantes qui préviennent le mal et l’étouffent dans son germe, au lieu de créer des supplices contre des malheureux qu’une législation absurde et barbare pousse au crime et à la mort.

J’ai bien entendu un discours différent sur la solution, mais le contenu du diagnostic est identique, puisque c’est immuable et inhérent à l’espèce humaine et le verdict de Platon pour Denys tombe :

[…]prêcher une pareille morale à des hommes qui, par intérêt et par système, inclinent à des principes diamétralement opposés, n’est-ce pas conter une histoire à des sourds ?

— Et à des sourds renforcés, répondis-je. […] il est parfaitement inutile de donner des conseils, quand on a la certitude qu’ils seront repoussés et pour la forme et pour le fond. Or les ministres et les politiques du jour sont farcis d’erreurs et de préjugés ; comment voulez-vous renverser brusquement leurs croyances, et leur faire entrer du premier coup, dans la tête et dans le cœur, la vérité et la justice ? Cette philosophie bonne pour l’école est à sa place, dans un entretien familier entre amis ; elle est hors de propos, dans les conseils des rois, où se traitent de grandes choses avec une grande autorité, et en face du pouvoir suprême.

[…]Vous parlez à des hommes imbus de principes contraires aux vôtres ; quel cas feront-ils de vos paroles, si vous leur jetez brusquement à la tête la contradiction et le démenti ? Suivez la route oblique, elle vous conduira plus sûrement au but. Sachez dire la vérité avec adresse et à propos ; et si vos efforts ne peuvent servir à effectuer le bien, qu’ils servent du moins à diminuer l’intensité du mal : car tout ne sera bon et parfait que lorsque les hommes seront eux-mêmes bons et parfaits. Et, avant cela, des siècles passeront.

[…] Savez-vous ce qui m’arriverait de procéder ainsi? C’est qu’en voulant guérir la folie des autres, je tomberais en démence avec eux. Je mentirais, si je parlais autrement que je vous ai parlé. Le mensonge est permis peut-être à certains philosophes, il n’est pas dans ma nature. […]Si je rapportais les théories de la république de Platon, ou les usages actuellement en vigueur chez les Utopiens, choses très excellentes et infiniment supérieures à nos idées et à nos mœurs, alors on pourrait croire que je viens d’un autre monde, parce qu’ici le droit de posséder en propre appartient à chacun, tandis que là tous les biens sont communs.

C’est inexact, la république autorise la propriété mais cela dépend de la catégorie d’individu dont on parle, les gardiens sont garant des autres pour subvenir à leurs besoins et de vivre parmi eux mais ne possèdent que le strict minimum sans attachement quelconque aux marchands, qui eux peuvent posséder, il est plus de l’ordre du collectivisme social, humain, que matériel. Platon voulait unifier le peuple et le rendre homogène, tout le monde s’est focalisé sur l’aspect philosophique du propos et non pas sur l’homme qui a eu une histoire, un passif. Un philosophe ne peut être 100% intègre dans son raisonnement, c’est impossible, il y a toujours une préférence, un biais, une vision. Aristote, son disciple, n’a pas considéré le travail de la république d’un bon œil. Pour Aristote la république détruirait les rapports humains, mais là aussi, Aristote avait 44 ans de moins que Platon, Aristote n’a pas grandi pendant les guerres médiques, durant l’expérience Denys, Aristote n’a qu’un an. Aristote est pro multiculturel de par la configuration réelle de la population d’Athènes durant son apprentissage qui est amplement plus cosmopolite que du temps de Platon qui a vécu et subi les changements et mesuré les dégradations de l’immigration des perses. Uniformiser une population et tenir une culture, qui n’a rien de mal ni honteux, ou autoriser une richesse raciale et culturelle est typique des différences de point de vue générationnelles qui n’ont pas le même référentiel culturel.

En 2021 on en est toujours au même point. Est-ce que Platon était raciste, j’ai déjà écrit là-dessus, fondamentalement tout le monde est raciste, ceux qui prétendent le contraire sont les premiers à l’être réellement. C’est un mécanisme psychique naturel et il conseillait comme esclave de ne pas taper dans du grecque et de prendre comme le j’ai déjà écrit, un autre modèle… on a réduit le mot racisme à un minimalisme sur l’individu quand l’idée est plus large sur un mécanisme de défense socioculturel, on peut adopter comme c’est le cas une préférence nationale sur des choses mais on a scindé la notion que l’extérieur est potentiellement d’autre race, on a le droit de préférer sans détester l’autre mais le mot est réduit à classifier toute préférence comme haine. Y a plus de subtilité.

- font chier ces nègres quand même ...

rhoooo spalégal !!!

 Mais qu’ai-je dit qu’il ne soit convenable et même nécessaire de publier ? Ma morale montre le danger, elle en détourne l’homme raisonnable ; elle ne blesse que l’insensé qui se jette à corps perdu dans l’abîme.

Il y a lâcheté ou mauvaise honte à taire les vérités qui condamnent la perversité humaine, sous prétexte qu’elles seront bafouées comme des nouveautés absurdes, ou des chimères impraticables. Autrement, il faudrait jeter un voile sur l’Evangile, et dissimuler aux chrétiens la doctrine de Jésus. Mais Jésus défendait à ses apôtres le silence et le mystère ; il leur répétait souvent : Ce que je vous dis à voix basse et à l’oreille, prêchez-le sur les toits hautement et à découvert. Or, la morale du Christ est bien plus opposée que nos discours aux coutumes de ce monde.

Les Prêcheurs, hommes adroits, ont suivi la route oblique dont vous me parliez tout à l’heure ; voyant qu’il répugnait aux hommes de conformer leurs mauvaises mœurs à la doctrine chrétienne, ils ont ployé l’Evangile comme une règle de plomb, pour la modeler sur les mauvaises mœurs des hommes. Où les a conduits cette habile manœuvre ? à donner au vice le calme et la sécurité de la vertu.

Bon là on doit bien donner le point, c’est imparable.

mon opinion est contraire à l’opinion générale, et alors elle est comme non avenue, ou elle coïncide avec l’avis de la majorité, et alors je délire avec les fous, suivant l’expression du Micion de Térence. Ainsi, je ne vois pas où conduit votre chemin de traverse. Vous dites : « Quand on ne peut pas atteindre la perfection, il faut au moins atténuer le mal. » Mais ici, la dissimulation est impossible, et la connivence est un crime, puisqu’il s’agit d’approuver les conseils les plus exécrables, de voter des décrets plus dangereux que la peste, et que, donner de malignes louanges à ces délibérations infâmes, serait le fait d’un espion et d’un traître.


Il n’y a donc aucun moyen d’être utile à l’Etat, dans ces hautes régions. L’air qu’on y respire corrompt la vertu même. Les hommes qui vous entourent, loin de se corriger à vos leçons, vous dépravent par leur contact et l’influencé de leur perversité ; et, si vous conservez votre âme pure et incorruptible, vous servez de manteau à leur immoralité et à leur folie. Nul espoir donc de transformer le mal en bien, par votre route oblique et vos moyens indirects.

C’est pourquoi le divin Platon invite les sages à s’éloigner de la direction des affaires publiques ; et il appuie son conseil de cette belle comparaison :

Quand les sages voient la foule répandue dans les rues et sur les places, pendant une longue et forte pluie, ils crient à cette multitude insensée de rentrer au logis, pour se mettre à couvert. Et, si leur voix n’est pas entendue, ils ne descendent pas dans la rue pour se mouiller inutilement avec tout le monde ; ils restent chez eux, et se contentent d’être seuls à l’abri, puisqu’ils ne peuvent guérir la folie des autres.

Maintenant, cher Morus, je vais vous ouvrir le fond de mon âme, et vous dire mes pensées les plus intimes. Partout où la propriété est un droit individuel, où toutes choses se mesurent par l’argent, là on ne pourra jamais organiser la justice et la prospérité sociale, à moins que vous n’appeliez juste la société où ce qu’il y a de meilleur est le partage des plus méchants, et que vous n’estimiez parfaitement heureux l’Etat où la fortune publique se trouve la proie d’une poignée d’individus insatiables de jouissances, tandis que la masse est dévorée par la misère.

Il est difficile d’apporter un jugement sur une comparaison faite entre la critique d’un système réel et une utopie, car on sait d’avance que c’est de l’idéologie fantasmatique impossible. Je ne peux donc, comme je le fais dans le reste des fiches de lecture pour la SF  que garder la vision de l’auteur pour ce qu’il redoute ou annonce en termes de prospective et garder les descriptions du réel, ici, je ne ferai pas de description absolue sur bisnounours land, sauf quand cela enveloppe un propos ou une condition  qui se rapporte à du concret.

En Utopie, les lois sont en petit nombre ; l’administration répand ses bienfaits sur toutes les classes de citoyens. Le mérite y reçoit sa récompense ; et, en même temps, la richesse nationale est si également répartie que chacun y jouit en abondance de toutes les commodités de la vie. Ailleurs, le principe du tien et du mien est consacré par une organisation dont le mécanisme est aussi compliqué que vicieux. Des milliers de lois, qui ne suffisent pas encore pour que tout individu puisse acquérir une propriété, la défendre, et la distinguer de la propriété d’autrui. A preuve, cette multitude de procès qui naissent tous les jours et ne finissent jamais.

Lorsque je me livre à ces pensées, je rends pleine justice à Platon, et je ne m’étonne plus qu’il ait dédaigné de faire des lois pour les peuples qui repoussent la communauté des biens. Ce grand génie avait aisément prévu que le seul moyen d’organiser le bonheur public, c’était l’application du principe de l’égalité.

Et la c’est le drame, il n’a absolument rien compris à ce qu’il a étudié… les frères, Erechthée & Boutès, fils de la terre, ancêtres mythiques des athéniens, est un vieux mythe pour induire une notion de fédération fraternelle au sein du peuple, mais Platon dit lui-même que c’est un mensonge auquel il faut faire croire les citoyens…. Mais le dieu qui vous a formé a fait entrer de l’or dans la composition de ceux qui sont capables de commander. Aussi sont-ils les plus précieux. Il n’y a pas d’égalité là-dedans… il y a une échelle de valeur pour le respect et l’application des lois, la vertu, la répartition du travail, pour que la communauté soit efficiente, pour l’intégralité du système que cela représente, au détriment du bonheur individuel. C’est une idéologie, une application qui ne reflète pas les lois de la nature et tente de juguler l’homme animal. More n’a pas compris Platon.

Voilà pourquoi même si on lit quelqu’un parler de quelque chose il ne faut pas se contenter de l’opinion et aller voir la source pour se faire sa propre idée, ainsi on voit bien quand on raconte de la merde.

Si ca se trouve toi tu n’as pas compris More et la chaine est ainsi depuis toujours...
Absolument !

Or, l’égalité est, je crois, impossible, dans un État où la possession est solitaire et absolue ; car chacun s’y autorise de divers titres et droits pour attirer à soi autant qu’il peut, et la richesse nationale, quelque grande qu’elle soit, finit par tomber en la possession d’un petit nombre d’individus qui ne laissent aux autres qu’indigence et misère.

Souvent même, le sort du riche devrait échoir au pauvre. N’y a-t-il pas des riches avares, immoraux, inutiles ? des pauvres simples, modestes, dont l’industrie et le travail profitent à l’Etat, sans bénéfices pour eux-mêmes ?

~ ~ ~~ ~ ~  DANGER DANGER ~~~~~ COMMUNIST SPOTED ~~~~~~

Voilà ce qui me persuade invinciblement que l’unique moyen de distribuer les biens avec égalité, avec justice, et de constituer le bonheur du genre humain, c’est l’abolition de la propriété.

~ ~ ~~ ~ ~  DANGER DANGER ~~~~~ COMMUNIST SPOTED ~~~~~~

Tant que le droit de propriété sera le fondement de l’édifice social, la classe la plus nombreuse et la plus estimable n’aura en partage que disette, tourments et désespoir.

Je sais qu’il y a des remèdes qui peuvent soulager le mal ; mais ces remèdes sont impuissants pour le guérir. Par exemple :
Décréter un maximum de possession individuelle en terre et en argent. Se prémunir par des lois fortes contre le despotisme et l’anarchie. Flétrir et châtier l’ambition et l’intrigue. Ne pas vendre les magistratures.

Supprimer le faste et la représentation dans les emplois élevés, afin que le fonctionnaire, pour soutenir son rang, ne se livre pas à la fraude et à la rapine ; ou afin qu’on ne soit pas obligé de donner aux plus riches les charges que l’on devrait donner aux plus capables.

Ces moyens, je le répète, sont d’excellents palliatifs qui peuvent endormir la douleur, étuver les plaies du corps social ; mais n’espérez pas lui rendre la force et la santé, tant que chacun possédera solitairement et absolument son bien. Vous cautériserez un ulcère, et vous enflammerez tous les autres ; vous guérirez un malade, et vous tuerez un homme bien portant ; carte que vous ajoutez à l’avoir d’un individu, vous l’ôtez à celui de son voisin.

On le verra au XIXe et XXᵉ siècle, le communisme, c’est tout sauf fonctionnel. Et donc encore moins le socialisme. Et une fois de plus c’est basé sur un principe humaniste égalitariste de redistribution, alors que l’effort consenti n’est pas uniforme, dans ce cas pourquoi uniformiser un salaire sur la non-uniformisation du travail effectué, où est la vraie égalité de la proportionnalité de revenu pour celui qui effectue plus de travail ? Les humanistes confondent la qualité effective, le rendement au travail, avec la capacité à l’organiser qui est encore un cran au-dessus, car 50 bourrins en force brute à la scie ne vaudront jamais 1 type avec une tronçonneuse. Le problème n’est pas ailleurs que dans la jalousie de l’incapacité à organiser le travail pour soi, ils exigent la répartition du travail et du revenu mis à disposition par autrui pour ses besoins, et surtout ils ne supportent pas leur incapacité physique inéluctable à se mesurer avec le génie mécanique.  2 hectares, un tracteur de 90CV une matinée…, à la main, 10 personnes : une semaine.

Le problème inavoué du communisme et toute la souche qui part de l’humanisme utopique socialiste c’est l’inutilité humaine grandissante. Il n’y a qu’une seule solution. Et ce n’est pas d’interdire la propriété privée. C’est de diviser la population par 10 au bas mot. Là aussi, c’est inavouable. Le problème on le règle par la sélection, par le contrôle des naissances, par des autorisations de procréer. L’interdiction de faire des gosses quand on n’a pas de ressources pour les élever intelligemment. Voilà déjà le point de départ. Se débarrasser des dalleux. Le problème du monde ? L’explosion de la démographie au XXème siècle : la population mondiale est passée de 1,6 à 7.8 milliards d’habitants de 1900 à 2020… x5 en 120 ans on double tous les 40 ans. Il est beau le progrès technique. Personne n’a écouté Malthus.  On finira très bientôt par le payer.

Conceptuellement, c'est un triangle, je vais vous résumer en quelques phrases des milliers de pages de lecture :

En haut, vous donnez les ordres, vous régentez, pour qu'en bas ça soit organisé et que le boulot soit fait pour que le système tourne et que vous puissiez avoir la bouffe sur la table, même s’il y a des insatisfaits. C'est la position de Platon, Aristocrate de son état... 

En bas les gens qui font tourner le système crient à l'injustice et veulent un rééquilibrage des richesses et en faire moins en ayant plus. L’utopie c'est quand on met par écrit un rééquilibrage alors que la nature même ne fonctionne pas en circulaire à plat, mais en pyramidale. 

C'est Platon qui a dégainé le premier en faisant un bouquin, mais dans l'histoire y en a plein, ça part de Confucius et ça longe l'histoire, les anabaptistes à la renaissance, campanella et la cité du soleil, rousseau, owen, fourier, proudhon, godwin, morelly, babeuf, blanqui, cabet, lénine... 
(je ne peux pas tout lire ni tous les connaitre - je lis en remontant le temps avec des sauts) 

Toute la transformation politique de ce conflit de disposition de société est la naissance du communisme et de ses déclinaisons. Les socialistes et les anarchistes puis les écologistes sont des utopistes. Lisez Alfred Sudre, histoire du communisme en 1848,  la façon dont il désintègre ce courant utopiste est jouissif à lire. En gros c'est une version condensée de ce que fit Jacques Droz en 1972.

Livre 2

Le livre 2 détaille la vie à bisounours land, enfin, Utopie.

J’ai deux options, soit je rentre dans le détail, soit je fais un survol et j’écourte la fiche. Le problème de tous ces « guides » sur papier, c’est qu’ils ont une conception que je qualifierai de mécanique. On a une vision globale d’un fonctionnement, d’efficience, pensé pour le bon sens comme les grosses à table vers l’intérieur de la pièce quand les hommes sont contre le mur, pour que leurs indispositions soient soulagées avec réactivité. En clair éviter qu’elles se pissent dessus pendant le repas du soir qui est en collectivité. Mais peu avant on lit que c’est un système d’organisation qui tourne autour du travail et que l’oisiveté n’est pas toléré et que pour se balader en dehors de la ville où l’on se trouve il faut un justificatif et au-delà de 24h on travaille dans la zone d’accueil ou l’on se trouve. L’esprit « liberté » on repassera. C’est un bagne. Un vrai système organisationnel opère par compensation, quand un magasin ferme, il transfère sa clientèle à celui qui reste ouvert et cela se fait manière fluide et naturelle, il n’y a pas de loi à afficher pour le signifier.

L’aspect fluide d’un comportement dans une société n’est pas pris en compte tel qu’il est dans le monde réel. Les belles choses ne naissent pas toujours sur l’organisation et le temps de travail, on ne conçoit pas un enfant en heures ouvrées, on ne fait pas de l’art ou de la création pure en général avec des horaires de bureau. Les idées n’émergent pas dans les esprits uniquement de 8h à 12h30 et de 14h à 18h. Ces systèmes induisent de la rigidité là où ce n’est pas nécessaire puisqu’une masse s’auto régule en fonction des possibilités.

L’or et l’argent on moins de valeur que le fer, pour cause de système basé sur la valeur d’usage des choses. En cela je suis assez d’accord avec le principe.

La nature, cette excellente mère, les a enfouis à de grandes profondeurs, comme des productions inutiles et vaines, tandis qu’elle expose à découvert l’air, l’eau, la terre, et tout ce qu’il y a de bon et de réellement utile.

C’est une façon de voir les choses qui n’est pas stupide puisqu’elle correspond à l’essentiel. Il est indéniable que c’est le non-essentiel qui fait fonctionner le monde aujourd’hui et qu’on pourrait se passer d’au moins 80% des objets qu’on trouve dans un foyer. Et c’est aussi la raison pour laquelle quand on commence à parler de régulation et de consommation les gens le prennent pour une atteinte fondamentale, Simplement parce qu’on va leur reprendre ce qu’on leur a donné.

Pour tenir l’or en ignominie, on l’attribue en bijou aux esclaves, on en fait des chaines et entraves. On en fait des pots de nuit aussi. C’est un placement caricatural de la notion de richesse désintéressée par des biens utiles sur le futile. Ainsi quand on les prive d’or ils ne sentent aucune différence de richesse.

Il y a cette continuité platonicienne de faire une sélection pour la capacité culturelle :

[…] ceux qui dès l’enfance ont manifesté un naturel heureux, un génie pénétrant, une vocation scientifique, mais on ne laisse pas une éducation libérale à tous les enfants, et la grande masse consacre leurs moments de liberté aux travaux intellectuels.

Pour le système d’organisation, 54 villes, identiques sauf spécificités du terrain. Tous les ans, 3 députés sont nommés parmi les vieux, par ville, pour une réunion pour débattre des problèmes à l’échelle du pays. Chaque ville se voit assigner une zone, un terrain. Les maisons sont au milieu des champs. Une famille agricole est composée de 40 personnes et 2 esclaves.

Un phylarque supervise 30 familles. Il y a une rotation de service tous les 2 ans pour les cultivateurs, l’agriculture est enseignée et obligatoire pour tous. A termes les sortants deviennent instructeurs. Un roulement s’opère dans le temps pour éviter l’usure du corps. Il y a de l’élevage, la société décrite est totalement autonome alimentairement. Elle troc le surplus contre les matériaux absents du lieu. Pas de surproduction, mais les excédents sont stockés pour les pays voisins. Tout le nécessaire importable passe par une demande aux magistrats urbains. Le temps des moissons les phylarques font la logistique humaine et organise le dispatch humain.

Comme toute utopie qui se respecte l’emplacement du pays, des territoires, les sources d’eaux, les fortifications tout est parfaitement positionné et sécurisé.

Il y a le principe de possession commune, tous les 10 ans on déménage, les maisons n’appartiennent à personne. Réattribution par tirage au sort. Quand on voit l’état en France juste pour auto-lib, ça fait sourire, et quand on passe derrière quelqu’un dans une location immobilière et qu’il n’y a pas eu de réfection, là, c’est le fou rire.

Les détails structurels des lieux n’ont pas d’importance, je zappe.

Pour la magistrature, un lot de 10 phylarques obéit à un protophylarque. Il y a au total 1200 phylarques dans le pays. Et le vote de ces 1200 élit un prince, parmi 4 proposés par le peuple. 4, parce que la ville est divisée en 4 sections, chaque quartier présente son élu au sénat.

Le protophylarque est nommé tous les ans, renouvelé, sauf en cas de merde. Les protos se réunissent avec le prince tous les 3 jours pour faire le point. 2 phylarques sont témoins à chaque séance et une rotation se fait à ce sujet à chaque séance.

Là où c’est sympa, les politiques ne peuvent pas s’organiser hors cadre officiel, toute réunion informelle privée est simplement condamnée à mort… ça donne envie…  Le concept de referendum est souvent utilisé, suivant les cas.

Quand on propose une loi ou une solution à un sujet donné, il est interdit d’en débattre le jour même pour éviter de raconter des conneries, la discussion est renvoyée à la séance d’après pour avoir la tête reposée et épurer toutes les stupidités d’opinions impulsives et non réfléchies.

Pour les arts et métier, hormis l’agriculture imposée à tous, chacun a une industrie particulière. Tissage de laine ou lin, maçons, potiers, bois, métaux. Les métiers de bourrins plus pour les hommes, mais pas interdit aux femmes. Une sorte de tradition, mais pas obligatoire, on perdure l’activité des parents.

Bref….

je ne vais pas vous faire tout le livre comme ça, les autres chapitres détaillent la ville, les magistrats, les métiers,  les rapports humains, les voyages, les esclaves, la guerre et la religion. C'est un mode d'emploi complet.
 
Si cette fiche a éveillé votre curiosité, lisez-le,  c'est mieux que la SF, croyez-moi les vieux livres sont mieux que la SF en général.

Ça permet de réaliser que nos problèmes sont hérités, inhérents, n'ont jamais été réglés, quel que soit le système d'ordre en place, puisque le principe de circularité ne vaut et ne fonctionne que si les individus sont égaux, éduqués de la même manière, avec les mêmes valeurs, la même culture, bref, une compatibilité sociale et de rang. 

Or, la verticalité de la structure organisationnelle, se reforme à chaque destruction de régime. Elle est mise à mal par internet et le multiculturalisme récent est la pulvérisation des valeurs communes et ne fait que détruire une culture par son remplaçant.

ca ne fera qu'empirer. 

Un avis sur « Lire pour comprendre : L’utopie, de Thomas More ( 1516 ) »

  1. j’ai plus de satisfaction à découvrir dans des livres anciens des utopies qui en application seraient des cauchemars que de le voir comme tel dans des séries ou des films qui sont basés sur une lecture de la SF moderne, donc pour moi du même sac, parce que la cité du soleil ou l’utopie, sont des bouquins venant du cœur des auteurs, ils croyaient en ce qu’ils écrivaient. Ça répondait à un besoin social existant. Aujourd’hui on ne croit qu’à vendre ce qu’on fait, il n’y a pas d’idée, on vend des boites vides. C’est du divertissement, on joue, c’est pas la vraie vie. ça ne répond qu’au besoin de se faire du pognon, ça n’a pas vocation à inspirer un changement existentiel chez l’auditoire.

    Parce que la SF dans sa volonté intrinsèque avant d’être qualifié de SF, est une critique sociale déguisée, la même technique était employée dans l’ancien temps d’écrire par analogie pour éviter de taper frontalement le régime et de se faire censurer, au mieux. Jusqu’à une certaine époque modérée de consumérisme, sa diffusion est un acte libéral à moitié, c’est de la consommation, mais il y a un message dedans.
    À partir des années 70 c’est terminé. Il y a des cas que j’ignore des exceptions c’est évident mais mon propos est généraliste sur l’air du temps aligné au changement de société. 1970 c’est le moment ou la massification est installée et commence à produire ses contre effets.

    C’est ce que je tente de dire dans l’intro en toute première publication ou la seconde. Pour dire qu’après Brunner en 75 c’est fini y a plus personne. D’ailleurs je fais un truc sur la tétralogie de Brunner, en court parce que les histoires n’ont aucun internet et le style d’assemblage modulaire est assez déroutant, mais les détails renvoyés par les livres sont… perturbant, dans l’onde de choc quand il parle du cuivre fondu des pièces pour être vendu au kg, quand on connait la composition des pièces en euro sur le nickel, on rigole l’analogie est la même..

    Perso je trouve ça génial un type qui annonce un demi siècle à l’avance que la valeur faciale est en deçà de la valorisation de la matière première, alors que tout ce qui est fait c’est projeter le passé de l’antiquité au siècle devant le sien. La dilution du % d’or & d’argent, sous auguste, néron ou carcalla, les dévaluations c’est pas nouveau, mais c’est bien de voir à un moment dans l’histoire réelle un type écrire le futur en regardant le passé, car on ne le fait plus. Ou alors je me trompe et je ne connais pas ces auteurs, ce qui est possible. Mais une intuition me dit que pas tant que ça au regard du niveau de culture actuel.

    C’est en ça que je trouve Brunner assez bon à lire.

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