Lire pour mieux comprendre : Rhinocéros – (Ionesco Eugène ) – 1959

Biographie

Né en novembre 1909 en Roumanie, mort en mars 1994 à paris. Écrivain.

Il y a une majuscule à Paris, mon brave. 

- P P Paris, Pute, Sent la Pisse !! Putain !

Tourette ?

- non, internet

Atterrit en France en 1913 en suivant les parents. La guerre éclate, son père est appelé à servir pour son pays et plante la famille. Il sera plus tard placé en foyer d’enfants et s’en prendra plein la gueule. Tumulte familial, bla bla, fin de guerre, bla bla, il retourne en Roumanie en 1925. Il est en conflit avec son connard de père puisque pro Carol, fasciste et communiste…

- un homme de valeurs, donc...

Eugène étant plutôt littérature que dictature, il changera de crèmerie et partira vivre chez sa mère revenue elle aussi plus tard vivre en Roumanie.

- faut dire que c'est chaud pour les Roumains en ce temps-là.. Le parcmètre n'existe pas avant 1935... 

 rhoooooo !!!!

Il rencontrera Emil Cioran en 1928 pendant ses études de français. Il les termine en 1934, enseigne la-dite langue pendant deux ans. Il esquivera la bonne ambiance carliste en préparant une thèse à Paris financée par l’institut français de Bucarest.

Planqué !

Juin 1940, France, out, Roumanie, out, il doit rentrer au pays. Il se fait réformer pour raison de santé.

 Planquééé !!!

Bucarest comme Paris collaborent avec Berlin. Ionesco bossera comme attaché de presse à l’ambassade de Roumanie en France à Vichy au printemps 1942

COLLABOOOO !!!!

- Mais tu vas fermer ta gueule oui....

Il ne quittera plus la France. À la libération, France gaulliste, Roumanie communiste, il se fait virer et deviendra correcteur dans une maison d’édition juridique en pendant quelques années. Il obtient la nationalité française en 1950.

Il écrit des pièces de théâtre, devient connu dans le genre de l’absurde, qui consiste à rompre avec les genres classiques du XXe et faire de la déconstruction dans l’exécution même d’une pièce de théâtre, traiter des sujets comme l’absurdité, l’homme, des questions métaphysiques avec un trait d’humour.

Son aura grandissant avec son œuvre, il crée l’académie Alphonse-allais en 1954 à Honfleur.

Il écrira Rhinoceros en 1958-59. C’est une version réécrite en pièce de théâtre d’une nouvelle qu’il avait écrite auparavant.

Ionesco rentrera à l’académie française en 1970.

Le reste de sa vie n’importe pas pour le sujet. Vous connaissez le principe, moi c’est le cadre historique et biographique préalable au moment où le texte est écrit qui m’importe, pour situer le contexte et tirer mes lignes de perspectives. Donc on comprendra que la critique soit inspirée par une certaine vision, du vécu de l’individu et comme tout auteur qui met de sa vie dans ce qu’il écrit, il faut croiser le comportement avec l’attitude pour avoir une idée du bonhomme.

Acte 1

L’acte 1 se déroule sur une place de petit village de Provence à côté d’une épicerie et d’un bar.

On est dans le franchouille. Jean est en train de défoncer Bérenger. La critique vestimentaire, l’allure, l’état de santé, tout y passe.

La discussion tourne court, un bruit devient rapidement énorme peu après l’arrivée de la serveuse pour prendre la commande

LA SERVEUSE : Mais qu’est-ce que c’est ?

JEAN Oh ! un rhinocéros ! (Les bruits produits par l’animal s’éloigneront à la même vitesse, si bien que l’on peut déjà distinguer les paroles qui suivent ; toute cette scène doit être jouée très vite, répétant 🙂 Oh ! un rhinocéros !

LA SERVEUSE: Oh ! un rhinocéros !

L’ÉPICIÈRE, qui montre sa tête par la porte de l’épicerie. Tous suivent du regard, à gauche, la course du fauve.

JEAN: Il fonce droit devant lui, frôle les étalages !

L’ÉPICIER, dans sa boutique.: Où ça ?

LA SERVEUSE, mettant les mains sur les hanches: Oh !

L’ÉPICIÈRE, à son mari qui est toujours dans sa boutique: Viens voir !

L’ÉPICIER, montrant sa tête: Oh ! un rhinocéros !

LE LOGICIEN, venant vite en scène par la gauche: Un rhinocéros, à toute allure sur le trottoir d’en face !

Après la vague d’exclamation, s’ensuit un comique de répétition avec  » ca alors ! » puis les banalités croisées de la situation et de la vie de village et de ce qu’il vient de se produire, un rhino a traversé le village.

Jean bloque sur ce qu’il vient de voir alors que tout le monde est déjà retourné en mode normal.

Le dialogue cherche l’explication de sa provenance. Ca glisse vers le sujet initial, sorte de chamaille entre Jean et Bérenger… Par moment les échanges intercalés sont excellents :

LE LOGICIEN, au Vieux Monsieur. :Voici donc un syllogisme exemplaire. Le chat a quatre pattes. Isidore et Fricot ont chacun quatre pattes. Donc Isidore et Fricot sont chats.

LE VIEUX MONSIEUR, au Logicien. :Mon chien aussi a quatre pattes.

LE LOGICIEN, au Vieux Monsieur. :Alors, c’est un chat.

on atteint des pics d’absurdité qui ont du sens, c’est assez jouissif à lire :

BÉRENGER : Les morts sont plus nombreux que les vivants. Leur nombre augmente. Les vivants sont rares.

[…] et ca reprend

LE LOGICIEN, au Vieux Monsieur : Autre syllogisme : tous les chats sont mortels. Socrate est mortel. Donc Socrate est un chat.

LE VIEUX MONSIEUR :Et il a quatre pattes. C’est vrai, j’ai un chat qui s’appelle Socrate.

LE LOGICIEN Vous voyez…

[…]

LE VIEUX MONSIEUR, au Logicien. : Socrate était donc un chat !

LE LOGICIEN, au Vieux Monsieur. : La logique vient de nous le révéler.

[…]

LE LOGICIEN, au Vieux Monsieur. : Le chat Isidore a quatre pattes.

LE VIEUX MONSIEUR Comment le savez-vous ?

LE LOGICIEN: C’est donné par hypothèse.

LE VIEUX MONSIEUR, au Logicien.: Ah ! par hypothèse !

LE LOGICIEN, au Vieux Monsieur.: Fricot aussi a quatre pattes. Combien de pattes auront Fricot et Isidore ?

LE VIEUX MONSIEUR, au Logicien. Ensemble ou séparément ?

LE LOGICIEN, au Vieux Monsieur.: Ensemble, ou séparément, c’est selon.

Il y a des phrases de répétition dans des croisements de conversations qui n’ont rien à voir, c’est du génie pur. ça serait trop long à récrire ici.

Le délire croisé du dialogue se fait et le rhino passe dans l’autre sens dans le village !

( chui mdr en le lisant c’est juste une dinguerie )

LE LOGICIEN se lève, fait tomber sa chaise.: Oh ! un rhinocéros !

LE VIEUX MONSIEUR, même jeu.: Oh ! un rhinocéros !

BÉRENGER, toujours assis, mais plus réveillé cette fois. : Rhinocéros ! En sens inverse.

LA SERVEUSE, sortant avec un plateau et des verres. : Qu’est-ce que c’est ? Oh ! un rhinocéros ! Elle laisse tomber le plateau ; les verres se brisent.

LE PATRON, sortant de la boutique. : Qu’est-ce que c’est ?

LA SERVEUSE, au Patron. : Un rhinocéros !

LE LOGIGIEN : Un rhinocéros, à toute allure sur le trottoir d’en face !

L’ÉPICIER, sortant de la boutique. : Oh ! un rhinocéros !

JEAN : Oh ! un rhinocéros !

L’ÉPICIÈRE, sortant la tête par la fenêtre, au-dessus de la boutique.: Oh ! un rhinocéros !

le Rhino écrase le chat de la ménagère… les répliques d’anthologie :

L’ÉPICIER: Il est déjà passé tout à l’heure devant la boutique.

JEAN, à l’Épicier.: Ça n’était pas le même !

L’ÉPICIER, à Jean: Pourtant…

L’ÉPICIÈRE: Oh ! si, c’était le même.

DAISY: C’est la deuxième fois qu’il en passe ?

LE PATRON : Je crois que c’était le même.

JEAN: Non, ce n’était pas le même rhinocéros. Celui de tout à l’heure avait deux cornes sur le nez, c’était un rhinocéros d’Asie ; celui-ci n’en avait qu’une, c’était un rhinocéros d’Afrique !

[…]

BÉRENGER, à Jean, continuant.:… Un pédant, qui n’est pas sûr de ses connaissances, car, d’abord, c’est le rhinocéros d’Asie qui a une corne sur le nez, le rhinocéros d’Afrique, lui, en a deux…

Ils débattent de qui a raison, croisant le sujet de la mort du chat. Le logicien déboule dans la conversion à base de « votre prénom à vous c’est François c’est juste » sur le nombre cornes et de rhinocéros que les gens auraient vu plutôt que de se demander si c’est le même animal et personne ne comprend plus rien.

Acte 2-1

l’acte se déroule dans un bureau d’une entreprise privée.

à la cinquième réplique on comprend que ca va monter en puissance :

BOTARD:Des histoires, des histoires à dormir debout.

DAISY: Je l’ai vu, j’ai vu le rhinocéros !

DUDARD: C’est écrit sur le journal, c’est clair, vous ne pouvez le nier.

BOTARD, de l’air du plus profond mépris. : Pfff !

DUDARD: C’est écrit, puisque c’est écrit ; tenez, à la rubrique des chats écrasés ! Lisez donc la nouvelle, monsieur le Chef !

MONSIEUR PAPILLON: « Hier, dimanche, dans notre ville, sur la place de l’Église, à l’heure de l’apéritif, un chat a été foulé aux pieds par un pachyderme. »

On commence à comprendre pourquoi phillipot a utilisé Ionesco comme bible pour la situation sur le covid :

BOTARD: Je ne crois pas les journalistes. Les journalistes sont tous des menteurs, je sais à quoi m’en tenir, je ne crois que ce que je vois, de mes propres yeux. En tant qu’ancien instituteur, j’aime la chose précise, scientifiquement prouvée, je suis un esprit méthodique, exact.

Les répliques fourchent dans le racisme. Puis la conversation se centre sur le fait d’avoir vu, oui ou non le rhino et Daisy, la seule femme du bureau, n’est pas crue, même si Bérenger arrive au boulot et confirme. Puis dans la confirmation, la faille apparait :

BÉRENGER : Je n’étais pas seul, quand j’ai vu le rhinocéros ! ou peut-être les deux rhinocéros.

BOTARD: Il ne sait même pas combien il en a vu !

BÉRENGER : J’étais à côté de mon ami Jean… Il y avait d’autres gens.

BOTARD, à Bérenger.: Vous bafouillez, ma parole.

DAISY: C’était un rhinocéros unicorne.

BOTARD: Pfff ! Ils sont de mèche tous les deux pour se payer notre tête !

DUDARD, à Daisy: Je crois plutôt qu’il avait deux cornes, d’après ce que j’ai entendu dire !

BOTARD: Alors là, il faudrait s’entendre.

Quand la situation se tasse et les gens commencent à travailler dans le bureau, une femme rentre, essoufflée. Passé les échanges d’usage et de son état d’essoufflement…

MADAME BŒUF, avec peine. :C’est que… c’est que… j’ai été poursuivie par un rhinocéros depuis la maison jusqu’ici…

BÉRENGER : Unicorne, ou à deux cornes ?

BOTARD, s’esclaffant : Vous me faites rigoler !

DUDARD, s’indignant : Laissez-la donc parler !

MADAME BŒUF, faisant un grand effort pour préciser, et montrant du doigt en direction de l’escalier.: Il est là, en bas, à l’entrée. Il a l’air de vouloir monter l’escalier.

La femme reconnait le rhinocéros comme son mari. Version courte, elle saute par la fenêtre, atterrit à califourchon, rentre avec son mari à la maison. Le dialogue reprend dans le bureau. Ils avaient appelé les pompiers pour être évacués du fait que le rhino avait détruit l’escalier d’accès à l’étage du bâtiment où ils se trouvent et il est fait état de 17 à 32 rhinos vus en une matinée. Les pompiers arrivent et sortent les membres un par un.

Acte 2-2

Se déroule dans la chambre de Jean.

BÉRENGER: Je viens voir Jean, M. Jean, mon ami.

LE PETIT VIEUX : Je croyais que c’était pour moi. Moi aussi, je m’appelle Jean, alors c’est l’autre.

VOIX DE LA FEMME DU VIEUX, du fond de la pièce: C’est pour nous ?

LE PETIT VIEUX, se retournant vers sa femme que l’on ne voit pas. : C’est pour l’autre.

Y un esprit dans l’écrit, c’est vraiment sympa à lire. Je recommande vraiment une lecture, neutre, avant de regarder une pièce jouée.

Jean ouvre à Bérenger, la discussion porte sur les rhinos. Jean est fiévreux. Mal au crâne, ils s’interrogent sur un choc à la tête, une petite bosse au-dessus du nez de Jean. On sent le dialogue venir doucement au fait d’assimiler Jean à un rhinocéros.

La couleur de peau change, elle se durcit, le souffle devient fort, le caractère de jean change au fils des propos. L’injection directe d’analogies à la situation passée :

JEAN, sans écouter Bérenger. : À vrai dire, je ne déteste pas les hommes, ils me sont indifférents, ou bien ils me dégoûtent, mais qu’ils ne se mettent pas en travers de ma route, je les écraserais.

[…]

JEAN : Je m’en fiche. Brrr…

BÉRENGER : Que dites-vous ?

JEAN : Je ne dis rien. Je fais brrr… ça m’amuse.

BÉRENGER, regardant Jean dans les yeux. : Savez-vous ce qui est arrivé à Bœuf ? Il est devenu rhinocéros.

JEAN : Qu’est-il arrivé à Bœuf ?

BÉRENGER : Il est devenu rhinocéros.

JEAN, s’éventant avec les pans de sa veste : Brrr…

BÉRENGER : Ne plaisantez plus, voyons.

JEAN : Laissez-moi donc souffler. J’en ai bien le droit. Je suis chez moi.

Un passage qui pèse son poids dans le message global de la pièce :

JEAN : Je vous dis que ce n’est pas si mal que ça ! Après tout, les rhinocéros sont des créatures comme nous, qui ont droit à la vie au même titre que nous !

BÉRENGER : À condition qu’elles ne détruisent pas la nôtre. Vous rendez-vous compte de la différence de mentalité ?

JEAN, allant et venant dans la pièce, entrant dans la salle de bains, et sortant : Pensez-vous que la nôtre soit préférable ?

BÉRENGER : Tout de même, nous avons notre morale à nous, que je juge incompatible avec celle de ces animaux.

JEAN : La morale ! Parlons-en de la morale, j’en ai assez de la morale, elle est belle la morale ! Il faut dépasser la morale.

BÉRENGER : Que mettriez-vous à la place ?

JEAN, même jeu. : La nature !

BÉRENGER : La nature ?

JEAN, même jeu. : La nature a ses lois. La morale est antinaturelle.

BÉRENGER : Si je comprends, vous voulez remplacer la loi morale par la loi de la jungle !

JEAN : J’y vivrai, j’y vivrai.

BÉRENGER : Cela se dit. Mais dans le fond, personne…

JEAN, l’interrompant, et allant et venant. : Il faut reconstituer les fondements de notre vie. Il faut retourner à l’intégrité primordiale.

BÉRENGER : Je ne suis pas du tout d’accord avec vous.

JEAN, soufflant bruyamment. : Je veux respirer.

BÉRENGER : Réfléchissez, voyons, vous vous rendez bien compte que nous avons une philosophie que ces animaux n’ont pas, un système de valeurs irremplaçable. Des siècles de civilisation humaine l’ont bâti !…

JEAN, toujours dans la salle de bains. : Démolissons tout cela, on s’en portera mieux.

Une fois jean sur le point de sortir de la salle de bain, la métamorphose en rhino est quasiment faite.

JEAN, dans la salle de bains. : Je te piétinerai, je te piétinerai.

Grand bruit dans la salle de bains, barrissements, bruit d’objets et d’une glace qui tombe et se brise ; puis on voit apparaître Bérenger tout effrayé qui ferme avec peine la porte de la salle de bains, malgré la poussée contraire que l’on devine.

BÉRENGER, poussant la porte. : Il est rhinocéros, il est rhinocéros ! (Bérenger a réussi à fermer la porte. Son veston est troué par une corne. Au moment où Bérenger a réussi à fermer la porte, la corne du rhinocéros a traversé celle-ci. Tandis que la porte s’ébranle sous la poussée continuelle de l’animal, et que le vacarme dans la salle de bains continue et que l’on entend des barrissements mêlés à des mots à peine distincts, comme : je rage, salaud, etc., Bérenger se précipite vers la porte de droite.) Jamais je n’aurais cru ça de lui ! (Il ouvre la porte donnant sur l’escalier, et va frapper à la porte sur le palier, à coups de poing répétés.) Vous avez un rhinocéros dans l’immeuble ! Appelez la police !

LE PETIT VIEUX, sortant sa tête. : Qu’est-ce que vous avez ?

BÉRENGER : Appelez la police ! Vous avez un rhinocéros dans la maison !…

Bienvenue en république covidienne française de 2020 2021, 2022, [ insert date here ].

Acte 3

Se passe dans la chambre de Bérenger. L’inquiétude de Bérenger dans le dialogue sur lui-même et le fait qu’il n’ait pas changé quand il parle avec Durand fait office de vecteur de propagation, l’incertitude, le doute, la peur. Le syndrome hypocondriaque. J’ai un truc là, non ? sisi je le sens, etc… La file d’attente de gens qui vont se faire tester pour savoir si oui ou non ils ont quelque chose, alors qu’ils ne ressentent rien, on leur a suggéré de se faire tester, ils y sont allés, comme les cons qu’ils sont.

- c'est comme le CNRS, logiquement, plus on cherche plus on trouve... mais c'est quand leur baisse les subventions qu'ils qu'ils menacent de trouver quelque chose...

BÉRENGER : Excusez-moi, il m’avait semblé… en effet, votre voix est bien la même. Ma voix non plus n’a pas changé, n’est-ce pas ?

DUDARD : Pourquoi aurait-elle changé ?

BÉRENGER : Je ne suis pas un peu… un peu enroué ?

DUDARD : Je n’ai pas du tout cette impression.

BÉRENGER: Tant mieux. Vous me rassurez.

DUDARD : Qu’est-ce qu’il vous prend ?

BÉRENGER: Je ne sais pas, on ne sait jamais. Une voix peut changer, cela arrive, hélas !

[…]

BÉRENGER : Mais oui, j’ai toujours mal à la tête. Mais je n’ai pas de bosse, je ne me suis pas cogné !… n’est-ce pas ?

Il soulève son bandage, montre son front à Dudard.

DUDARD : Non, vous n’avez pas de bosse. Je n’en vois pas.

BÉRENGER : Je n’en aurai jamais, j’espère. Jamais.

DUDARD : Si vous ne vous cognez pas, comment pourriez-vous en avoir ?

BÉRENGER : Si on ne veut vraiment pas se cogner, on ne se cogne pas !

Et tout est dit.

Si vous prenez la formulation inverse, si vous voulez absolument voir une pandémie, vous verrez une pandémie. Même si la grippe s’est amalgamée en 2021 avec le covid en lui-même de l’an passé, il n’est que ce qu’il est, et non pas ce qu’on nous fait croire comme un décimateur civilisationnel. C’est de l’auto-endoctrinement, c’est de la croyance, c’est doctrinaire, c’est arrivé à un stade sociétal psychiatrique de délire collectif, mais savamment orchestré par une poignée pour gratter les fonds de poches et nous niquer la gueule sur nos libertés, parce que ce sont des gens malades, réellement, dans leurs têtes, d’avidité d’argent et de contrôle qui n’ont pas de réelle emprise avec le quotidien.

DUDARD : Vous vous croyez le centre du monde, vous croyez que tout ce qui arrive vous concerne personnellement ! Vous n’êtes pas la cible universelle !

Une partie des gens sont malades, les vieux au pouvoir prennent peur, ils verrouillent le système pour se protéger, alors que c’est eux la minorité et font chier tout le monde, et par effet d’entrainement, on emmène la planète entière. C’est grave quand même. Quand je dis que les boomers doivent mourir avant qu’on passe à autre chose, je suis extrêmement sérieux. Les gens de 65 ans+ ne doivent pas tous apprécier mais il faut être lucide sur la situation. 99.9% de passer au travers jusqu’à 50 ans, ne nécessite pas de thérapie génique mutagène, c’est du délire.

BÉRENGER : Je me demande si je suis bien immunisé.

DUDARD : De toute façon, ce n’est pas mortel. Il y a des maladies qui sont saines. Je suis convaincu qu’on en guérit si on veut. Ça leur passera, allez.

BÉRENGER : Ça doit certainement laisser des traces ! Un tel déséquilibre organique ne peut pas ne pas en laisser…

DUDARD : C’est passager, ne vous en faites pas.

BÉRENGER : Vous en êtes convaincu ?

DUDARD : Je le crois, oui, je le suppose.

BÉRENGER : Mais si on ne veut vraiment pas, n’est-ce pas, si on ne veut vraiment pas attraper ce mal qui est un mal nerveux, on ne l’attrape pas, on ne l’attrape pas !… Voulez-vous un verre de cognac ?

Dans la continuité de l’échange, Bérenger ne peut pas s’empêcher de s’inquiéter pour sa santé et de savoir si oui ou non il va devenir un rhinocéros. Ce texte est vraiment exceptionnel quant à son appréciation en cette période.

DUDARD : Je plaisantais, Bérenger, voyons. Je vous taquinais. Vous voyez tout en noir, vous allez devenir neurasthénique, attention. Lorsque vous serez tout à fait rétabli de votre choc, de votre dépression, et que vous pourrez sortir, prendre un peu d’air, ça ira mieux, vous allez voir. Vos idées sombres s’évanouiront.

BÉRENGER : Sortir ? Il faudra bien. J’appréhende ce moment. Je vais certainement en rencontrer…

DUDARD : Et alors ? Vous n’avez qu’à éviter de vous mettre sur leur passage. Ils ne sont pas tellement nombreux d’ailleurs.

BÉRENGER : Je ne vois qu’eux. Vous allez dire que c’est morbide de ma part.

- le covid c'est la civilisation de vieux connards qui refusent de crever, z'ont tout eu, tout connu, tout fait. Nous, c'est "ramasse les restes, vermine ferme-la et bosse plus longtemps" et eux, faut les laisser vivre au maximum quitte à ce qu'on se fasse empoisonner pour leur laisser le boulevard.

Il est vrai qu’à la place de mettre tout le monde dans le même panier pour des raisons financières, ajouter 30 000 lits dans les hôpitaux, vendre des médocs dosés en cas de symptômes et laisser la population faire à sa manière, à qui veut s’enfermer dans le bunker le fasse mais sans faire chier les autres, aurait été dans une optique démocratique plus judicieuse, mais parler démocratie avec des gens issus du moule à cons, parce que sortis de leur conception linéaire d’empire de fin XIX, oui ce sont des cons, tous énarques qu’ils sont. Je vous le certifie que ce sont des cons finis.

Ne confondez pas l’intelligence et la culture, on peut paraître brillant par la culture sans intelligence pratique aucune. Quand on leur enseigne l’économie mais que la ressource à l’état de nature n’est pas comptabilisée dans le bilan parce « qu’elle est gratuite »…. prof de d’économie de mes couilles qu’a jamais fait pousser une tomate, oui ce sont des cons.

y a des gueux pour les légumes et le travail du sol, je ne m'abaisse pas à ça, moi, la terre c'est sale.

Celui qui met 5 mois pour faire pousser ses tomates le sait pertinemment que la ressource et le temps ne sont pas des choses gratuites et qu’il faut être humble avec la nature, au lieu de tout niquer pour faire des cages à lapins remplies de klingons qui vont vous planter pour une clope alors que vous ne fumez même pas.

Nouveaux bruits de rhinocéros passant, cette fois, sous l’encadrement de la fenêtre à l’avant-scène.  

BÉRENGER, sursautant :   Les voilà encore ! Les voilà encore ! Ah ! non, rien à faire, moi je ne peux pas m’y habituer. J’ai tort peut-être. Ils me préoccupent tellement malgré moi que cela m’empêche de dormir. J’ai des insomnies. Je somnole dans la journée quand je suis à bout de fatigue.  

DUDARD : Prenez des somnifères. 

BÉRENGER : Ce n’est pas une solution. Si je dors, c’est pire. J’en rêve la nuit, j’ai des cauchemars. 

DUDARD : Voilà ce que c’est que de prendre les choses trop à cœur. Vous aimez bien vous torturer. Avouez-le.

BÉRENGER : Je vous jure que je ne suis pas masochiste. 

DUDARD : Alors, assimilez la chose et dépassez-la. Puisqu’il en est ainsi, c’est qu’il ne peut en être autrement. 

BÉRENGER : C’est du fatalisme. 

DUDARD : C’est de la sagesse. Lorsqu’un tel phénomène se produit, il a certainement une raison de se produire. C’est cette cause qu’il faut discerner. 

BÉRENGER, se levant. : Eh bien, moi, je ne veux pas accepter cette situation. 

DUDARD : Que pouvez-vous faire ? Que comptez-vous faire ?

BÉRENGER : Pour le moment, je ne sais pas. Je réfléchirai. J’enverrai des lettres aux journaux, j’écrirai des manifestes, je solliciterai une audience au maire, à son adjoint, si le maire est trop occupé.


Des considérations sur le fait que même le patron, M. Papillon, soit devenu rhinocéros sont échangées. Puis …

BÉRENGER : Oui, un brave type ! Ça ne se trouve pas souvent les braves types, et pas dans les nuages. Un brave type avec ses quatre pieds sur terre ; pardon, ses deux pieds, je veux dire. Je suis heureux de me sentir en parfait accord avec lui. Quand je le verrai, je le féliciterai. Je condamne M. Papillon. Il avait le devoir de ne pas succomber.

Puis c’est au tour du logicien … Daisy vient rendre visite, annonce que Botard est lui aussi un rhinocéros.

Dans l’échange on voit apparaitre que la transformation est un processus volontaire, de choix, donc c’est une conformation sociale, et le texte vient à cet instant s’aligner sur le politique des idéologies du XX qu’ Ionesco a vécu et connu de près. Rhinocéros c’est nazi, c’est fascisme, c’est carliste, communiste, la plage est large… c’est pro vaccin…. ou anti vaccin, ça marche aussi. C’est un exemple générique, la preuve dans l’échange suivant :

DAISY, sortant les provisions du panier : Vous savez, j’ai eu du mal à trouver de quoi manger. Les magasins sont ravagés : ils dévorent tout. Une quantité d’autres boutiques sont fermées : « Pour cause de transformation », est-il écrit sur les écriteaux.

BÉRENGER : On devrait les parquer dans de vastes enclos, leur imposer des résidences surveillées.

DUDARD : La mise en pratique de ce projet ne me semble pas possible. La Société protectrice des animaux serait la première à s’y opposer.

DAISY : D’autre part, chacun a parmi les rhinocéros un parent proche, un ami, ce qui complique encore les choses.

BÉRENGER : Tout le monde est dans le coup, alors !

DUDARD: Tout le monde est solidaire.

On voit les corrélations avec les modifications telles le port du masque :

DAISY, à Bérenger. : On s’y habitue, vous savez. Plus personne ne s’étonne des troupeaux de rhinocéros parcourant les rues à toute allure. Les gens s’écartent sur leur passage, puis reprennent leur promenade, vaquent à leurs affaires, comme si de rien n’était.

DUDARD : C’est ce qu’il y a de plus sage.

BÉRENGER : Ah non, moi, je ne peux pas m’y faire.

DUDARD, réfléchissant. : Je me demande si ce n’est pas une expérience à tenter.

Puis les pompiers sont rhinocéros, toute la caserne, le régiment entier. « il en sort des fenêtres, des maisons, ils rejoignent les autres. »

Conceptuellement, le début du livre et très drôle, la fin ne l’est plus du tout et vire au drame. À part une phrase par-ci, par-là le ton est différent. L’appel de  » la grande famille  » Dudard s’en va et laisse Daisy et Bérenger.

BÉRENGER, regardant par la fenêtre: Il n’y a plus qu’eux, dans les rues. (Il se précipite vers la fenêtre du fond.) Il n’y a plus qu’eux ! Vous avez eu tort, Daisy. (Il regarde de nouveau par la fenêtre de face.) À perte de vue, pas un être humain. Ils ont la rue. Des unicornes, des bicornus, moitié moitié, pas d’autres signes distinctifs ! (On entend les bruits puissants de la course des rhinocéros. Ces bruits sont musicalisés cependant. On voit apparaître, puis disparaître sur le mur du fond, des têtes de rhinocéros stylisées qui, jusqu’à la fin de l’acte, seront de plus en plus nombreuses. À la fin, elles s’y fixeront de plus en plus longtemps puis, finalement, remplissant le mur du fond, s’y fixeront définitivement. Ces têtes devront être de plus en plus belles malgré leur monstruosité.) Vous n’êtes pas déçue, Daisy ? n’est-ce pas ? Vous ne regrettez rien ?

On sent les affiches, les marches au pas, les uniformes…

L’échange entre Daisy et Bérenger cherche la déculpabilisation vis-à-vis des choix des autres et de leurs propres positions dans des situations antérieures. Le téléphone sonne, rhinos… ils allument la radio pour les infos, rhinos… les voisins du dessus, rhinos.

Le couple cherche un moyen de cohabiter, de vivre avec la situation, de les comprendre, de parler leur langue.

Daisy se remplie de désolation et lâche prise. Elle s’interroge à son tour, se remet en question face à la multitude et le fait qu’ils ne soient plus que les deux derniers humains. Dans l’échange montant en hystérie, Bérenger met une torgnole à Daisy qui atterrit dans le fauteuil. Échange menant à une séparation, Daisy descend les marches. Bérenger est seul désormais.

Dans le solo de fin, on peut lire ceci :

Je suis tout à fait seul maintenant. (Il va fermer la porte à clé, soigneusement, mais avec colère.) On ne m’aura pas, moi. (Il ferme soigneusement les fenêtres.) Vous ne m’aurez pas, moi. (Il s’adresse à toutes les têtes de rhinocéros.) Je ne vous suivrai pas, je ne vous comprends pas ! Je reste ce que je suis. Je suis un être humain. Un être humain.

[…]

Je ne veux pas les entendre. Je vais mettre du coton dans les oreilles. (Il se met du coton dans les oreilles et se parle à lui-même dans la glace.)

Le monologue est en train de remettre en question la légitimité, le doute s’installe, il se projette, il s’imagine, il renonce finalement, se sait seul et le combat difficile. Il prend sa carabine :

Contre tout le monde, je me défendrai ! Je suis le dernier homme, je le resterai jusqu’au bout ! Je ne capitule pas !

RIDEAU

Maintenant, la question qui fait vraiment tache.... Elle commence quand, la chasse au rhinocéros.
toi !... toi !! tu vas avoir des gros problèmes !!!!

Un avis sur « Lire pour mieux comprendre : Rhinocéros – (Ionesco Eugène ) – 1959 »

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